Comptes rendus La traviata à Orange
Comptes rendus

La traviata à Orange

29/08/2016

Orange, Théâtre Antique, 3 août

PHOTO © PHILIPPE GROMELLE ORANGE

Ermonela Jaho (Violetta Valéry)
Ahlima Mhamdi (Flora Bervoix)
Anne-Marguerite Werster (Annina)
Francesco Meli (Alfredo Germont)
Placido Domingo (Giorgio Germont)
Christophe Berry (Gastone de Letorières)
Laurent Alvaro (Barone Douphol)
Pierre Doyen (Marchese d’Obigny)
Nicolas Testé (Dottore Grenvil)

Daniele Rustioni (dm)
Louis Désiré (ms)
Diego Mendez Casariego (dc)
Patrick Méeüs (l)

Moins de deux mois après l’Opéra National de Paris (voir plus loin dans ce numéro), Placido Domingo a effectué son retour aux Chorégies d’Orange dans La traviata, d’autant plus attendu qu’il n’y était plus revenu depuis Samson et Dalila, en 1978 !

Retour triomphal, comme on pouvait s’y attendre, amplement justifié par le charisme de l’interprète et l’impact d’une voix se projetant sans problème dans l’immense espace du Théâtre Antique. Moins en difficulté côté souffle qu’à l’Opéra Bastille, mais toujours bousculé par la cabalette « No, non udrai r-improveri », le ténor reconverti en baryton s’est une nouvelle fois distingué dans un « Di Provenza il mar, il suol » d’une émotion poignante. Qu’importent, dès lors, les incertitudes dans le rythme et les erreurs dans les paroles ? On ne peut que s’incliner devant la performance.

À ses côtés, en dehors d’une luxueuse équipe de comprimari, on s’attache tout particulièrement à Francesco Meli, qui nous avait déjà éblouis à l’Opéra Bastille, en 2014 (voir O. M. n° 100 p. 49 de novembre). La beauté du timbre, la science des demi-teintes, l’ardeur de l’accent sont exactement celles d’Alfredo, le ténor italien accomplissant d’authentiques miracles de legato dans des passages comme « Un di, felice, eterea » ou « Parigi, o cara ».

Annoncée en Violetta, Diana Damrau a dû déclarer forfait pour raisons de santé, alors même que le programme de salle était déjà imprimé avec, à l’intérieur, des photos d’elle en répétition. Jean-Louis Grinda, nouveau directeur des Chorégies, l’a remplacée par Ermonela Jaho, devenue de facto la « reine » d’Orange, cet été, après sa Cio-Cio-San du mois de juillet (voir plus haut).

Bien connue dans le rôle, la soprano albanaise s’est une fois encore imposée par son rayonnement scénique, son timbre accrocheur, son sens du clair-obscur et ses pianissimi de rêve. Elle a également chanté beaucoup plus juste qu’à Paris, en 2014, en surveillant mieux la netteté de sa diction.

À la tête d’un Orchestre National Bordeaux Aquitaine en bonne forme et de chœurs enthousiastes (Angers/Nantes, Avignon, Marseille), Daniele Rustioni privilégie des tempi très lents et des sonorités d’un raffinement que l’on n’entend pas toujours aux Chorégies. Manque néanmoins une véritable architecture d’ensemble à cette succession de numéros, tous parfaitement réussis.

Très classique, la production de Louis Désiré joue habilement du contraste entre le noir, le blanc et le rouge (très belle robe de Violetta au premier acte), ainsi que de jolies projections sur le Mur (chandeliers au I, feuillages au début du II). La symbolique ne cherche pas midi à quatorze heures, à l’instar de cet immense miroir brisé qui constitue le principal élément du décor. Quant à la direction d’acteurs, elle vise à la lisibilité de l’intrigue, sans chercher à ouvrir des perspectives inédites sur les rapports entre les personnages.

Aux saluts, énorme succès pour tous.

RICHARD MARTET

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