Bicentenaire Viardot

Pauline, la compositrice inspirée

© BIBLIOTHÈQUE DU CONSERVATOIRE DE GENÈVE

Le 18 juillet 1821, à Paris, naissait l’une des plus exceptionnelles cantatrices et musiciennes de l’histoire. Exceptionnelle par ses dons vocaux et dramatiques, mais aussi par son histoire familiale et ses liens privilégiés avec les plus grands compositeurs, peintres et écrivains du XIXe siècle : Rossini, Meyerbeer, Berlioz, Liszt, Wagner, Gounod, Saint-Saëns, Massenet, Fauré, Delacroix, Musset, Sand, Flaubert, Tourgueniev, Zola… Après un premier volet consacré aux prouesses de la chanteuse-actrice (voir O. M. n° 173 pp. 28-33 de juin 2021), Opéra Magazine s’intéresse à la compositrice, dont le catalogue ne compte pas moins de deux cent cinquante entrées !

Giuditta Pasta ? Giulia Grisi ? Cornélie Falcon ? Adelina Patti ? Veut-on nommer l’astre le plus illustre qui ait brillé au firmament du bel canto ? Une comète fulgurante, surgie au milieu des étoiles, en fait pâlir l’éclat : Maria Malibran, auréolée du double prestige d’un irrésistible talent dramatique et de sa disparition précoce, à 28 ans, au sommet de la gloire. Et, cependant, le génie qui valut à la fille aînée de Manuel Garcia l’énigmatique hommage d’un vers d’Alfred de Musset (« Quel rêve as-tu donc fait de te tuer pour eux ? ») semble avoir été plus dramatique que musical. En ce domaine, de l’avis de Rossini notamment, sa sœur cadette, Pauline Viardot, la surpassait.

Au rebours de la Malibran, celle-ci survécut longtemps aux triomphes de sa jeunesse : née en 1821, elle s’éteignit en 1910, laissant dans le public le souvenir d’une voix fatiguée par son entêtement à chanter tout ce qui lui plaisait, de cette voix de contralto colorature à éclipses, venue avec l’âge, à partir du soprano lyrique léger des origines. « Cette grande cantatrice aurait plusieurs rossignols dans le gosier qu’elle ne pourrait pas faire davantage. L’agilité de cette voix, qui va à l’incroyable, la sûreté dans les intonations les plus audacieuses, le charme ravissant, voilà ce qui domine dans le chant de Mme Viardot. Il faut l’entendre, pour se faire une idée de sa virtuosité », pouvait-on lire, en 1843, dans la Revue et gazette musicale de Paris.

Il lui manquait seulement la beauté régulière de son aînée. « Elle est terriblement laide », avouera son ami, le peintre Ary Scheffer, non sans ajouter aussitôt : « Si je la revoyais, je tomberais follement amoureux d’elle. » Paradoxe confirmé par Camille Saint-Saëns : « Mme Viardot n’était pas belle, elle était pire. Le portrait qu’en a fait Ary Scheffer est le seul qui reproduise l’aspect de cette femme sans pareille et donne l’idée de son étrange et puissante fascination. »

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