Entretien

Clémentine Margaine

Carmen à l’Opéra Bastille (2017). © OPÉRA NATIONAL DE PARIS/VINCENT PONTET

Après un été marqué par ses débuts dans Il trovatore, à Rome, et une invitation au « Concert de Paris », le 14 juillet, au pied de la Tour Eiffel, la mezzo française incarnera le rôle bref, mais essentiel, de la Sphinge dans la nouvelle production d’Œdipe de Georges Enesco, à l’Opéra Bastille, à partir du 23 septembre. L’occasion de faire le point sur une carrière entamée sous le signe de Carmen, qui s’ouvre désormais à Verdi et, bientôt, Wagner.

Votre voix, par son étendue et son ampleur, est de celles qui, en France du moins, ont tendance à faire peur. Avez-vous été confrontée à ce type d’appréhension, alors que vous-même deviez, sans doute, apprivoiser cet instrument ?

On m’a toujours fait sentir, pendant mes études au CNSMD de Paris, que j’avais un grand instrument. Comme si c’était un peu une tare, et sans vraiment m’apporter les clés – alors que cela me semblait plutôt une qualité pour chanter de l’opéra ! Mais j’ai eu la chance de rencontrer Chantal Mathias, qui a été la première enseignante à me dire que ma voix n’était pas énorme, mais simplement suffisante pour un certain répertoire, et que je devais être d’autant plus attentive à la soutenir par une technique sûre. Après ma sortie du Conservatoire, j’ai remporté la « Victoire de la Musique Classique » 2011, dans la catégorie « Révélation Artiste Lyrique », que je n’ai pas vraiment pu mettre à profit, parce que c’est à ce moment-là que je suis partie en troupe, en Allemagne.

Ce départ était-il mûrement réfléchi, ou le résultat d’un concours de circonstances ?

Alors que je faisais une production à Magdebourg, qui me semblait la ville la plus déprimante de l’univers, j’ai appelé mon agent pour qu’il me trouve quelque chose à faire pendant les jours de repos – même une simple audition ! Il m’a donc envoyée à Berlin, chanter pour Christoph Seuferle, directeur pour l’opéra du Deutsche Oper. Pour la première fois de ma vie, j’ai tout de suite senti qu’il se passait quelque chose : j’ai vu quelqu’un qui a cru en moi – et m’a fait une offre tout de suite après, sans consulter personne… C’était un contrat en troupe, et le rôle-titre de Carmen ! En France, on ne me proposait que Mercédès… Je n’ai donc pas réfléchi longtemps. Je savais que j’étais arrivée au bout de mes études. J’avais un professeur formidable qui m’accompagnait. Et il fallait que j’apprenne mon métier. La troupe était exactement ce dont j’avais besoin, avec à la fois des prises de risques, dans des emplois un peu exposés (le Compositeur dans Ariadne auf Naxos, Anna dans Les Troyens), et des parties plus tranquilles, qui me permettaient d’observer le travail de chanteurs confirmés (Maddalena dans Rigoletto, Flosshilde et Grimgerde dans Der Ring des Nibelungen). Et quel bain de musique que Berlin ! Pendant deux ans, j’ai passé toutes mes soirées libres, soit dans l’une des maisons d’opéra, soit à la Philharmonie.