Rencontres

Alain Perroux

© NIS & FOR

Avec la création française de The Snow Queen (La Reine des neiges) de Hans Abrahamsen, à partir du 15 septembre, le nouveau directeur général de l’Opéra National du Rhin, en poste depuis janvier 2020, ouvre sa saison 2021-2022, la première entièrement conçue par lui.

Consécutive à la disparition prématurée d’Eva Kleinitz, le 30 mai 2019, votre arrivée à la tête de l’Opéra National du Rhin a précédé de deux mois le premier confinement, et donc la fermeture des théâtres. Comment avez-vous fait face à ce contexte doublement particulier ?

Tous les métiers du spectacle vivant réclament une certaine adaptabilité – et nous nous sommes rendu compte, à l’aune de la crise qui a suivi, que ces grosses machines lyriques, ces « grandes boutiques » qu’on croyait un peu inamovibles, pouvaient être plus agiles qu’elles n’en avaient l’air. En ce qui me concerne, j’avais conscience qu’il me faudrait prendre le temps d’apprendre à connaître la maison, et arriver avec une certaine douceur, car je n’ai jamais cru que les changements brutaux étaient constructifs. Le projet que j’ai défendu se situait, d’ailleurs, dans le développement de ce qu’Eva Kleinitz avait commencé à bâtir. Les équipes, qui travaillent beaucoup par passion, se sont révélées extrêmement dévouées, malgré le vrai choc qu’a été la disparition d’Eva. Je savais aussi que j’allais prendre mes fonctions très vite, et donc, pendant un an et demi, porter les productions voulues par quelqu’un d’autre. L’arrivée du Covid-19 a compliqué les choses, puisqu’il a fallu, à la fois, gérer la crise au jour le jour, avec le souci de la sécurité sanitaire, et se demander comment continuer à construire l’avenir, dans un présent aussi plombé. Dès ma nomination, j’ai décroché mon téléphone, parce que je ne pouvais pas perdre de temps pour la saison 2021-2022, qui allait débuter un an et demi plus tard. Certains projets étaient donc déjà en route, quand la pandémie nous a rattrapés. Et nous ne savions pas combien de temps durerait cette crise. Nous avons donc continué à bâtir les programmations futures, tout en essayant d’y intégrer les spectacles annulés, qu’il était impossible de reporter d’un bloc. Je n’ai pas eu de difficulté à le faire, à partir du moment où ils entraient dans les équilibres sur lesquels se fonde une saison – entre œuvres connues et raretés, talents émergents et artistes confirmés. Nous aurons donc des reports jusqu’en 2025.