Rencontres

Susanna Mälkki

© SIMON FOWLER

Prévue en 2020, la première tant attendue du nouvel opéra de Kaija Saariaho a été repoussée d’un an, pour cause de pandémie. Rendez-vous maintenant le 3 juillet, au Grand Théâtre de Provence d’Aix-en-Provence, sous la baguette de la talentueuse cheffe finlandaise, en débuts au Festival.

Comment la grande aventure de la musique a-t-elle commencé pour vous ?

Je suis née et j’ai grandi à Helsinki. Mes parents étaient mélomanes ; tous leurs enfants ont joué d’un instrument, et ils nous emmenaient avec eux au concert. Moi, j’ai étudié le violon, le violoncelle et le piano. C’est plus tard, vers l’âge de 16 ou 17 ans, que j’ai fait le choix d’une carrière musicale. Après avoir été diplômée dans plusieurs écoles de violoncelle, je me suis inscrite, en 1995, dans la classe de direction à l’Académie Sibelius. Parallèlement, j’étais violoncelle solo de l’Orchestre Symphonique de Göteborg, en Suède, poste que j’ai occupé pendant trois ans et qui a constitué une expérience précieuse. Pendant un certain temps, j’ai d’ailleurs continué à jouer du violoncelle, alors que je dirigeais déjà des orchestres.

La direction d’orchestre, vous l’avez étudiée avec Jorma Panula, un pédagogue hors pair…

En effet, mais il existait déjà, en Finlande, une longue tradition pédagogique avant lui. Quand Jorma Panula a commencé à enseigner à l’Académie Sibelius, au début des années 1970, il a mis en place une méthode comportant quelques particularités : il a permis à ses étudiants de travailler avec un petit orchestre, et non pas seulement avec un ou deux pianos ; c’était comme un laboratoire permettant de mener des expériences. Il a très vite utilisé la vidéo, afin que nous puissions nous regarder en situation de travail. Et puis, concernant l’interprétation, il n’imposait rien de particulier, mais plutôt encourageait chacun d’entre nous à trouver ce qui lui convenait. Jorma Panula était pragmatique ; il nous donnait les outils du métier, en insistant, avant tout, sur le respect dû à la partition. Dans sa classe d’ailleurs, l’esprit était collégial, sans l’ombre d’une compétition entre les élèves. Cet état d’esprit est toujours le mien : nous sommes au service du compositeur, le chef d’orchestre doit proposer quelque chose, avoir sa propre conviction.

Quels étaient vos condisciples dans la classe de Jorma Panula ?

Nous étions une douzaine d’étudiants dans sa classe, parmi lesquels John Storgards, mon prédécesseur à la tête de l’Orchestre Philharmonique d’Helsinki, Hannu Lintu, chef de l’Orchestre Symphonique de la Radio Finlandaise, Dmitri Slobodeniouk, directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Lahti, ainsi que le premier violon de l’Orchestre Philharmonique d’Helsinki, Jan Söderblom. Jormi Panula choisissait des élèves qui avaient une expérience d’instrumentiste, car il trouvait très important d’avoir atteint un niveau individuel élevé, pour être « digne » de diriger et/ou de participer à notre petit orchestre-laboratoire, afin de comprendre les deux côtés de l’interaction.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 174