Rencontres

Sergey Romanovsky

Néoclès dans Le Siège de Corinthe, à Pesaro (2017). © STUDIO AMATI BACCIARDI

Le séduisant ténor russe, l’un des rares capables de rendre aujourd’hui justice aux emplois de baritenore de Rossini, sera Leicester dans Elisabetta, regina d’Inghilterra, au « ROF » de Pesaro, à partir du 11 août, écartelé entre l’amour de deux femmes : Karine Deshayes et Salome Jicia.

Vous allez chanter, pour la troisième fois, à Pesaro. Comment êtes-vous arrivé au « Rossini Opera Festival » ?

C’était mon rêve de chanter à Pesaro, mais je ne sais pas pourquoi cela a pris un certain temps. J’avais beaucoup fait de Rossini, mais surtout « buffo », comme Il barbiere di Siviglia et L’Italiana in Algeri, et je sentais que cela ne correspondait pas exactement à ma voix. Puis, en 2015, à Lyon, j’ai incarné Antenore dans Zelmira et je me suis senti très à l’aise dans cette tessiture de baritenore. C’est finalement Ernesto Palacio qui m’a fait venir à Pesaro, en 2017, pour Néoclès dans Le Siège de Corinthe, puis Agorante dans Ricciardo e Zoraide, l’année suivante.

Mais Néoclès n’est pas un baritenore… Ce n’est pas un rôle créé par Andrea Nozzari, comme précisément Antenore et Agorante !

C’est vrai, mais ce n’est pas non plus un rôle léger. C’est quand même assez central, et cela demande une certaine extension dans l’aigu qui convenait très bien à ma voix.

Leicester est, également, un rôle un peu particulier dans le répertoire de Nozzari. Ce n’est pas le « méchant » dans Elisabetta, regina d’Inghiterra ; il y a quelque chose de plus lyrique, de plus romantique chez lui…

Oui, pour une fois, ce n’est pas le « bad guy » de l’affaire. Mais, pour moi, Leicester est vraiment un rôle de baritenore. Et difficile, en plus ! Certes, il y a la scène de la prison, avec le « Rêve », mais quand celle-ci se termine par une cabalette très exigeante, elle enchaîne avec un duo, où les ténors ennemis s’affrontent.

Une chose est surprenante avec votre voix, c’est que sortant des rôles de baritenore, vous pouvez encore chanter Lindoro dans L’Italiana in Algeri

La vérité, c’est que j’ai beaucoup chanté Lindoro et, quand je l’aborde maintenant, je peux m’appuyer sur cette expérience. Du reste, passé l’air d’entrée et le duo avec Mustafà, ce n’est pas un rôle très difficile. Et, techniquement, cela permet de garder une certaine légèreté à la voix, d’éviter qu’elle ne s’élargisse trop. C’est comme une sorte de test : si je peux encore chanter sans problème « Languir per una bella », c’est le signe que ma voix va bien.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 174