Compte rendu

L'Orfeo pour la musique à Paris

Salle Favart, 4 juin

Frissons de plaisir, lorsque résonne la fanfare introductive de L’Orfeo ! Après des mois sans musique vivante, renouer avec l’opéra par le biais du chef-d’œuvre de Monteverdi est un pur bonheur.

Et qui, mieux que Jordi Savall, pour nous offrir cette r(R)enaissance ? Le chef espagnol maîtrise parfaitement les lignes ciselées et les teintes irisées du matériau montéverdien. Par la ductilité des cordes, les accents tonitruants des cuivres ou la souplesse élégiaque du continuo, il construit dans la fosse un univers harmonieux. L’orchestre Le Concert des Nations paraît d’ailleurs en osmose avec son chef, dont la gestuelle mesurée et précise suffit à obtenir toutes les nuances.

Sur scène, l’adhésion est moins inconditionnelle. Marc Mauillon est un Orfeo très convaincant, autant sur le plan vocal que dramatique. Son timbre clair, son émission souple et l’excellence de sa projection conviennent parfaitement au personnage triomphant des premiers actes.

Mais il possède également les graves nécessaires à l’expression du désarroi, quand il perd son épouse, et à l’aplomb lui permettant d’envoûter Caronte ou de gagner Proserpina à sa cause. Durant toute la durée de l’œuvre, qui repose essentiellement sur ses épaules, le chanteur français parvient à donner corps et voix à ce héros déchu qu’est Orfeo.

Mezzo suédoise d’origine chilienne, Luciana Mancini est une Euridice plutôt pâle et effacée, comme si ses atours virginaux la rendaient transparente. Certes, le personnage est secondaire dans l’opéra, mais ses quelques apparitions devraient être mémorables, ce qui n’est pas le cas ici. Luciana Mancini trouve davantage de panache sous les traits de Musica, mais ne parvient pas totalement à convaincre.

Partenaire au long cours de Jordi Savall, Sara Mingardo est sa Messaggiera depuis 1992. Si la contralto italienne n’a plus tout à fait les moyens vocaux de son apogée, elle n’en conserve pas moins un magnétisme qui fait de la scène de l’annonce de la mort d’Euridice, un moment fort de théâtre.

La mezzo norvégienne Marianne Beate Kielland est superbe, autant dans le rôle de Speranza que dans celui de Proserpina. Son timbre chaud et cuivré, l’assise et la souplesse de la voix, sont irréprochables.

Le reste de la distribution est moins remarquable. La basse Salvo Vitale incarne Caronte et Plutone de façon assez fade, tandis que l’Apollo vieillissant du baryton Furio Zanasi peine douloureusement dans les vocalises.

Reste la mise en scène de Pauline Bayle, qui s’apparente davantage à une mise en espace, tant le propos paraît faible. Si l’œuvre de Monteverdi a été créée avec deux tentures peintes pour tout décor, il ne s’agit pas ici d’invoquer les éléments historiques pour justifier le minimalisme de l’interprétation et de la direction d’acteurs.

Un champ de fleurs en plastique rouge occupant la totalité du plateau – et gênant les déplacements des chanteurs –, pour le Prologue et les deux premiers actes ; un fond et un sol noirs, pour les trois derniers : le premier degré est manifestement assumé.

On reste donc sur sa faim, car un tel chef-d’œuvre, surtout dans le cadre intime de l’Opéra-Comique, aurait pu voir l’exploration de nombreux filons. Pauline Bayle a préféré rester sur le terrain connu de ses précédentes expériences de mise en scène, nous proposant ce qu’elle nomme du « théâtre grec ». Dans ce contexte, nous n’avons pas saisi ce dont il s’agissait.