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Giovanni Bellucci

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À côté de Samson et Dalila, Cecilia Bartoli ou la « Nuit verdienne », au Théâtre Antique, les Chorégies d’Orange proposent, le 20 juillet, au Palais des Princes, un spectacle original, conçu par le célèbre pianiste italien autour des transcriptions de chefs-d’œuvre de Bellini, Verdi et Wagner.

Comment avez-vous conçu cet étonnant programme, que vous allez donner en compagnie du vidéaste Gabriel Grinda et de la chorégraphe Eugénie Andrin ?

Dans un programme antérieur, j’avais couplé ma propre transcription de Jeux de Debussy et la Symphonie fantastique de Berlioz, transcrite par Liszt. Avec Jean-Louis Grinda, directeur des Chorégies d’Orange, il nous a semblé plus judicieux de remplacer la Symphonie par des transcriptions d’opéras, également de Liszt.

Pourquoi avoir intitulé la soirée « Casta Diva »?

C’est un peu un titre « en creux », car cet air célébrissime, emblématique de l’art lyrique en général, ne figurera pas au programme : en effet, dans ses Réminiscences de Norma, Liszt a choisi de ne pas l’intégrer ! Soit parce qu’il en a été tellement impressionné qu’il n’a pas osé l’utiliser, soit, plus probablement, pour montrer qu’il était capable de placer sa caméra non sur ce moment poétique et intime, mais sur la dramaturgie entière de l’ouvrage. En cela, Liszt se démarque de son grand rival Sigismund Thalberg qui, dans sa Fantaisie sur des thèmes de Norma, use et abuse de cet air. Le spectacle sera la déclinaison de différents portraits féminins : chez Liszt, trois personnages sacrificiels (Norma, Leonora et Isolde) qui se combinent, à travers le piano, avec la quête lisztienne de la Femme ; chez Debussy, deux jeunes filles qui séduisent un jeune homme, pour aboutir à une danse à trois, avec toute une thématique faustienne, perceptible à travers l’utilisation de tritons – motif diabolique –, mais aussi la citation de Méphisto-Valse.

Dans l’immensité de votre répertoire, les transcriptions – et notamment celles de Liszt, qui en a signé plus de trois cent cinquante – sont une de vos spécialités. Qu’aimez-vous dans cette forme très spécifique de composition, sachant que certains la voient comme une façon de « vampiriser » d’autres musiciens, ajoutant que ces pièces n’ont de sens que dans la mesure où elles étaient, à une époque où l’on ne disposait pas d’enregistrements, la seule façon de pouvoir réentendre chez soi des symphonies, des lieder ou des opéras ?

Déjà, pour moi, toute composition est une transcription. Je pense à Beethoven – dont le portrait ornait le cabinet de travail de Liszt, comme un génie tutélaire – qui, pour écrire, avait devant lui toutes ses idées musicales, comme autant de personnages, afin de permettre à l’acte de transcription final de se faire dans la fluidité. Je ne considère donc pas les transcriptions comme un répertoire à part. On lit souvent, dans mes biographies, que j’ai commencé le piano avec les sonates de Beethoven. Ce n’est pas complètement faux, mais en fait, les toutes premières choses que j’ai déchiffrées, c’étaient des pages d’opéras de Meyerbeer… De simples réductions, plus que des transcriptions à proprement parler, que dans ma naïveté, j’appréhendais comme du vrai répertoire pianistique : je ne faisais aucune différence ! J’y prenais un plaisir immense, car c’est de la très bonne musique. Certes, il ne faut pas minimiser le rôle de diffusion domestique de toute cette littérature musicale de réduction. Mais quand il transcrit, Liszt va beaucoup plus loin : il ne se contente pas de réduire, il s’approprie les idées d’autrui, les réorganise en leur donnant une nouvelle chronologie.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 174