CD

Freddie De Tommaso : Passione

Sentiments mêlés devant ce récital de Freddie De Tommaso (27 ans), ténor britannique d’origine italienne, couronné par le Concours  « Francisco Viñas », en 2018. L’album est présenté par Decca comme un hommage à Franco Corelli, à l’occasion du centenaire de la naissance de celui que la firme dit vouloir ainsi célébrer. Amende honorable de ce prestigieux label qui n’aura, hélas, contribué que de manière infinitésimale à la carrière discographique de celui qu’il qualifie, aujourd’hui, de « prince ».

Placer le présent florilège de mélodies, gravé en studio, en novembre 2020, sous l’aile d’un pareil modèle n’est pas sans risques. Le premier tient au fait que la chanson -napolitaine n’a jamais été cardinale dans le parcours de Franco Corelli. Les interprétations qu’en livra celui-ci, dans ses meilleures années, tranchent néanmoins avec l’improbable démonstration de lirico spinto musclé qu’en offre ici son prétendu héritier.

Cela vaut pour le titre phare de ce disque, Passione, ourlé par le violon solo de l’excellent London Philharmonic Orchestra, mais qui n’appelle certainement pas la débauche stentorienne ici déployée. Même chose pour les trois standards de Tosti, lestés de sons poussés, ou un Mattinata plus vériste que nature. Moins, au demeurant, que l’infortuné Dicitencello vuie napolitain, hier égrené par un certain Luciano Pavarotti, dans un album Decca déjà intitulé Passione, et que son cadet brandit comme une arme de guerre.

Dommage, car le jeune surdoué est, par ailleurs, capable de pondérer son émission à la faveur d’une romance bellinienne, voire de caresser la Lolita hier courtisée par Enrico Caruso, plutôt que de plafonner son haut médium, comme dans un Core ‘ngrato de vitrier.

Avec Nebbie de Respighi, orchestrée comme les deux mélodies de Puccini, le tout souplement dirigé par Renato Balsadonna, ces rares instants sauvent discrètement la mise. Pour le reste, on nous permettra de conseiller modestement, à un artiste qui peut encore l’entendre, de méditer sur la technique du très cher Corelli, afin de ménager un organe des plus capiteux, menacé par une constante forzatura.MICHEL PAROUTY

1 CD Harmonia Mundi HAF 8905318