Compte rendu

Belle reprise de Tosca à Paris

Opéra Bastille, 4 juin

Réouverture de l’Opéra Bastille, après quinze mois sans public, la dernière représentation ouverte remontant au 4 mars 2020 ! Alexandre Neef, directeur général de l’Opéra National de Paris, manifestement très ému, s’avance devant le rideau, avant le début du spectacle, pour accueillir les spectateurs – la jauge est fixée à 35 % –, qui lui réservent un tonnerre d’applaudissements.

Cette Tosca, mise en scène par Pierre Audi et créée en octobre 2014 (voir O. M. n° 100 p. 52 de novembre), a déjà connu plusieurs reprises, d’abord en septembre-octobre 2016, puis en mai-juin 2019. Plutôt passe-partout, elle a le mérite de remplir le cahier des charges d’une production de répertoire, dans laquelle les chanteurs peuvent entrer avec un minimum de répétitions, en ayant toute latitude d’y apporter l’empreinte qui leur est propre.

Ainsi de Ludovic Tézier, Scarpia encore plus glaçant et pétri d’orgueil qu’en 2014, qui foudroie le spectateur dans son fauteuil. Dès la fracassante entrée du premier acte, la voix affirme sa plénitude : mordante, sombre mais pas trop, d’une ampleur impressionnante. Difficile d’exister, à côté de pareil monstre sacré ! Et pourtant, Maria Agresta ne manque pas d’atouts en Tosca.

La soprano italienne compose une héroïne vulnérable, très amoureuse, moins véhémente et impérieuse qu’on pourrait l’attendre dans ses explosions de jalousie. La voix, plus lyrique que dramatique, est sans doute trop claire pour le rôle, avec des aigus épanouis, mais un rien tirés, et des graves trop accentués. Pour autant, la leçon de chant séduit dans « Vissi d’arte », un charme indéfinissable se dégageant de l’incarnation d’ensemble.

Le ténor américain Michael Fabiano, malgré un timbre un peu dur et un vibrato prononcé, séduit en Cavaradossi, grâce à sa longueur de souffle et à son sens des nuances. Excellent Angelotti de Guilhem Worms, fiévreux et percutant, Frédéric Caton donnant toute sa saveur au Sacristain, entouré de talentueux comprimari.

La direction de Carlo Montanaro, à la tête d’un Orchestre et de Chœurs de l’Opéra National de Paris en très grande forme, complétés par l’irréprochable Maîtrise des Hauts-de-Seine, privilégie l’équilibre entre les passages les plus poétiques et les paroxysmes de violence.

Au rideau final, le public debout réserve une formidable ovation à tous les artistes.