Compte rendu

Hommage à Pauline Viardot à Venise

Palazzetto Bru Zane/Bru-zane.com, 8 mars

Pour la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, le Palazzetto Bru Zane-Centre de musique romantique française pouvait-il mieux faire que de commémorer Pauline Viardot (1821-1910) ?

Fille du ténor Manuel Garcia, sœur de la soprano Maria Malibran, épouse de l’imprésario Louis Viardot, directeur du Théâtre-Italien, Pauline Viardot fut une personnalité inclassable au cœur de la vie littéraire et musicale du XIXe siècle. Son âme sœur George Sand lui dédia le roman initiatique Consuelo (1843), fresque immense et foisonnante, dont le philosophe Alain dit que c’est ce qu’on a écrit de plus vrai sur le chant, sur sa vertu essentielle : « Toujours aller du son juste à l’action juste (…), tel est le chemin de Consuelo ou Consolation. »

Mais Pauline Viardot, éminente pianiste, a aussi composé de la musique instrumentale, des mélodies et quelques ouvrages lyriques, comme Trop de femmes, L’Ogre, Le Dernier Sorcier, ou encore Cendrillon, le plus connu, créé par ses élèves, en 1904.

Une conférence, le 4 mars, précède le récital du 8 mars, tous deux filmés en direct, sans public, et diffusés sur le site internet du Palazzetto Bru Zane. Rosa Giglio et Amaya Fernandez Pozuelo réunissent les témoignages de tous ceux qui admirèrent Pauline Viardot, de Clara Schumann, reconnaissant en elle « la femme la plus géniale qu’il lui ait été donné de connaître », à Mendelssohn, Musset, Liszt, Tourgueniev ou Chopin, que fascina sa voix au timbre « rude et doux », « analogue à la saveur d’un fruit sauvage ».

La mezzo-soprano française Aude Extrémo, accompagnée au piano par Étienne Manchon, offre un programme idéalement conçu et remarquablement mis en images. L’absence de public aiguise le sentiment de l’urgence.

Cinq mélodies russes de Pauline Viardot ouvrent le feu, sur des textes de Pouchkine et Lermontov. La langue française fait ensuite son entrée, avec Aimez-moi, Haï Luli !, Ici-bas tous les lilas meurent, Solitude et Les Filles de Cadix (poème de Musset qu’en 1887, Delibes tirera davantage vers la comédie légère). Deux mélodies espagnoles achèvent l’hommage à la compositrice cosmopolite et préludent à l’univers de la grande cantatrice.

Marie-Magdeleine, « drame sacré » du jeune Massenet, que Pauline Viardot créa en 1873 (« Ô mes sœurs » de Méryem), Orphée et Eurydice de Gluck, dont Berlioz assura la restitution en 1859 (« J’ai perdu mon Eurydice » d’Orphée), Le Prophète, que Meyerbeer composa pour elle (« Ah ! mon fils » de Fidès), Samson et Dalila de Saint-Saëns, que l’artiste fit connaître dans les salons parisiens (« Mon cœur s’ouvre à ta voix » de Dalila), attestent le rayonnement de la sublime « Consuelo ».

Magistralement soutenue par Étienne Manchon, à l’implacable rythmique, la voix riche et puissante d’Aude Extrémo convient, empathique, à la commémoration d’une femme libre au service des arts.