Centenaire Saint-Saëns

La Princesse jaune entre en studio

Illustration de l’intrigue de La Princesse jaune. © DR

Quatrième volet de notre « feuilleton Saint-Saëns », entamé au mois de janvier dernier, à l’occasion du 100e anniversaire de la disparition du compositeur. Place, cette fois, à son premier opéra représenté, alors que Le Timbre d’argent, achevé, et Samson et Dalila, en cours d’écriture, attendaient leur création. Donné à Paris, le 12 juin 1872, La Princesse jaune se présente sous la forme d’un bref « opéra-comique » à deux personnages, sur un livret de Louis Gallet, inscrit dans la mouvance orientaliste. Très rarement joué, l’ouvrage vient d’être gravé par le Palazzetto Bru Zane, avec le ténor Mathias Vidal, la soprano Judith van Wanroij et l’Orchestre National du Capitole, sous la direction musicale de Leo Hussain. À Toulouse, Pierre Cadars a suivi la première session d’enregistrement…

En février 2020, le Palazzetto Bru Zane avait prévu de sortir La Carmélite de Reynaldo Hahn de sa retraite, en lui offrant, à Toulouse, l’enregistrement qui la rendrait pleinement à la vie. La première vague du coronavirus ne l’a pas permis. D’autres dates ont alors été arrêtées, autour d’un concert à la Halle aux Grains, le 13 février 2021. Une fois encore, l’actualité sanitaire a chambardé le projet, entraînant in extremis le remplacement, sans concert, de la « comédie musicale en quatre actes » de Hahn par la tout aussi rare, mais bien plus courte (quarante-cinq minutes environ), Princesse jaune de Camille Saint-Saëns, accompagnée pour la circonstance par la version orchestrée du cycle Mélodies persanes, confié à six chanteurs différents.

En situation de crise, ce choix permet déjà de réemployer la plupart des interprètes de La Carmélite, à commencer par le chef, Leo Hussain, qui, au cours des mêmes semaines, devait assurer les répétitions de Pelléas et Mélisande, affiché pour le mois de mars au Théâtre du Capitole. Ces représentations ont, elles aussi, été annulées. C’est donc à un vrai sauvetage que l’on croit assister, en ce 11 février, tandis que s’opèrent, à la Halle aux Grains, transformée en studio d’enregistrement, les premières prises de son.

Masques et distanciation physique sont forcément de rigueur. Mais, par-delà ces inévitables contraintes, comment ne pas se rappeler que, dans ce lieu déjà, entre 1976 et 2003, Michel Plasson avait gravé quelques fleurons, connus parfois, souvent oubliés, de la grande musique française ? Aussi bien Alexandre Dratwicki, le directeur artistique du Palazzetto, que Thierry d’Argoubet, le délégué général de l’Orchestre National du Capitole, se réjouissent de l’opportunité de reprendre le fil de cette tradition patrimoniale, mise un peu en sommeil, ces quinze dernières années. D’autres collaborations suivront certainement.

Cette première matinée d’enregistrement se présente apparemment sous les meilleurs auspices. Sous l’autorité souriante de Leo Hussain, l’Ouverture de La Princesse jaune est fignolée, améliorée, jusque dans ses moindres détails. Viennent ensuite deux courts airs, chantés par Mathias Vidal (Kornélis) et Judith van Wanroij (Léna). L’un et l’autre, avec une constante énergie, cherchent à obtenir le résultat le plus satisfaisant possible. Sur les conseils du responsable technique et du chef d’orchestre, ils reprennent, cinq fois, six fois, parfois plus, tel ou tel passage pouvant paraître imparfait. Pour celui qui assiste à ce travail de haute précision, la partition laisse alors deviner ses secrets les plus intimes.

Peu après, Leo Hussain nous avoue combien il est sensible à cette musique « qui n’est pas vraiment japonaise, mais dont se dégage un troublant parfum exotique, qui vous entraîne aussitôt vers un autre monde ». Pour sa première collaboration avec l’équipe du Palazzetto Bru Zane, il ne tarit pas d’éloges sur cette volonté commune d’aborder, pas à pas, un répertoire de grande qualité, s’écartant souvent des sentiers battus. Faute de pouvoir faire Pelléas et Mélisande, comme il s’y était préparé, il se dit honoré de pouvoir défendre ainsi un ouvrage oublié, à la tête d’un orchestre auquel il est particulièrement attaché (il l’avait dirigé déjà lors des représentations de Die tote Stadt, au Théâtre du Capitole, en novembre-décembre 2018).

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 171