Entretien

Philippe Talbot

Almaviva dans Il barbiere di Siviglia, à Marseille (2018). © CHRISTIAN DRESSE

Après un Almaviva d’Il barbiere di Siviglia aussi charmeur que percutant, en ouverture de saison de l’Opéra Orchestre National Montpellier, le ténor français a une actualité brillante, en ce début d’année 2021, malgré l’annulation, le 7 décembre dernier, des représentations du Domino noir d’Auber, prévues à Lausanne, à partir du 24 janvier, qui devaient marquer ses débuts dans le rôle d’Horace de Massaréna. Pour l’instant, Pâris dans La Belle Hélène, à la Salle Favart, le 1er mars, est maintenu, dans la mise en scène de Michel Fau, face à Marie-Nicole Lemieux en reine de Sparte. Ainsi que Gonzalve dans L’Heure espagnole, avec François-Xavier Roth à la baguette, pour l’Atelier Lyrique de Tourcoing, le 19 mars.

En septembre dernier, vous avez incarné Almaviva dans Il barbiere di Siviglia, à Montpellier ; quel souvenir gardez-vous de ce spectacle donné dans des conditions particulières, compte tenu de la situation actuelle ?

Il s’est passé comme un charme ! Il faut dire que les exigences sanitaires étaient appliquées de façon drastique : pendant les répétitions, désinfection des mains aussi souvent que possible, port du masque obligatoire, que ce soit pour les chanteurs, les musiciens, les techniciens, les maquilleurs… Sur le plateau, il nous fallait respecter les distances de sécurité. La mise en scène de Rafael R. Villalobos en a pâti, puisque nous ne pouvions pas toucher les accessoires, et l’opéra de Rossini en exige beaucoup, mais nous avons pu les utiliser pendant les représentations. Le premier jour, nous étions tous un peu traumatisés, d‘autant que nous n’avions pas mis les pieds dans un théâtre depuis plusieurs mois, mais nous nous sommes adaptés rapidement. Si parler avec un masque ne posait pas de problème, chanter était plus difficile. Mais nous avons tous joué le jeu et nous nous sentions totalement en sécurité.

Et le public ?

Nous n’avons pas chanté à l’Opéra Comédie, mais à l’Opéra Berlioz/Le Corum, ce qui veut dire que, même avec une jauge n’excédant pas la moitié de la salle, plus de neuf cents personnes ont pu être accueillies, toutes masquées, bien sûr ! Pour une comédie, les réactions du public ne sont pas les mêmes dans un grand espace, les rires sont plus espacés, plus lents, l’émulation est différente ; mais nous avons donné quatre représentations et les spectateurs y ont pris un plaisir évident. Tout le monde garde un bon souvenir de ces soirées.

En revanche, la reprise de L’Italiana in Algeri, prévue à Marseille, en novembre, a été annulée, de même que la version de concert de Semiramide, programmée à Toulon, en octobre…

En fait, cette Semiramide s’est transformée en un gala lyrique d’une heure vingt, sans entracte, et devant une assistance réduite, mais cela a été une belle expérience, à laquelle participaient les chanteurs prévus dans l’opéra – Karine Deshayes, Teresa Iervolino, Mirco Palazzi –, ainsi que le chef George Petrou. Quant à L’Italiana marseillaise, elle est effectivement tombée à l’eau.

Avez-vous quand même des projets à court terme ?

Un seul. Je vais me rendre sur la Côte d’Azur pour répéter et enregistrer des airs de Messager, pour un disque consacré aux « Années folles », sous la baguette de Benjamin Levy, directeur musical de l’Orchestre de Cannes. Ensuite, je ne sais pas. Je devrais aller à Lausanne, en janvier 2021, pour Le Domino noir d’Auber, dans une reprise de la production de Valérie Lesort et Christian Hecq, mais il est difficile de prévoir quoi que ce soit au moment où nous parlons (1). De même pour La Belle Hélène, dans la mise en scène de Michel Fau, au programme de l’Opéra-Comique, en mars.

Rossini tient une place importante dans votre répertoire. D’où tenez-vous ce goût pour sa musique ?

De certaines facilités qui me permettent de m’épanouir dans les partitions qui demandent de la légèreté, de l’agilité et un aigu facile. Ce sont des points que j’ai énormément travaillés, et qui sont essentiels pour les rôles rossiniens. En fait, c’est davantage ma voix qui m’a guidé qu’un choix. C’est un répertoire très complet ; je le pratique depuis plus de quinze ans et je sais qu’il me fait du bien. Cela dit, je pense que dans les années qui viennent, je chanterai sans doute moins Almaviva, et davantage Lindoro (L’Italiana in Algeri) et Don Ramiro (La Cenerentola).

Que pensez-vous de ces personnages ?

On peut tout trouver en eux ! Almaviva est celui qui demande le plus d’engagement théâtral, car il offre une palette de situations et de sentiments très étendue, allant de la comédie à la farce, et passant de l’amoureux transi à l’audacieux qui se déguise pour parvenir à ses fins. C’est une très bonne école pour le théâtre. Mais il ne faut jamais oublier la part de sincérité qui les anime tous.

Les voyez-vous évoluer ?

En tout cas, il est évident qu’ils évoluent selon les mises en scène et, surtout, les partenaires. La qualité d’écoute de ces derniers est fondamentale ; nous devons, à chaque instant, nous renvoyer la balle. Créer une relation entre nous n’est pas toujours simple, d’autant que notre temps de répétitions est relativement restreint. À Montpellier, Paolo Bordogna était formidable : notre duo « All’idea di quel metallo » a été très rapidement mis en place ! J’avais connu cette même complicité avec le Figaro de Florian Sempey, à Saint-Étienne, en janvier 2013.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 168