Patrimoine

Le Trouvère à l’Opéra de Paris

Marianne Flahaut, première Azucena du Palais Garnier, en 1904. La mezzo-soprano belge, après ses débuts à l’Opéra de Paris, en Amneris dans Aida (1898), y incarna notamment Fidès dans Le Prophète, Erda dans Siegfried, Uta dans Sigurd et Gertrude dans Hamlet. © DR

Le 15 janvier dernier, l’Opéra National de Paris a renoncé à afficher la production d’Il trovatore signée Alex Ollé, prévue du 21 janvier au 26 février, en ouvrant éventuellement la porte à quelques représentations en version de concert, après la mi-février. Opéra Magazine a néanmoins décidé de publier le dossier commandé dans la perspective de cette reprise, composé d’une histoire en images de l’œuvre, depuis son entrée au répertoire de la maison, en 1857 et en français, puis d’un entretien avec la soprano lettone Marina Rebeka, à l’occasion de ses débuts dans le rôle de Leonora.

Créé au Teatro Apollo de Rome, le 19 janvier 1853, Il trovatore connaît une diffusion internationale rapide : il est ainsi présenté pour la première fois à Paris, au Théâtre-Italien, le 23 décembre 1854. Le 12 janvier 1857, en présence de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, il entre au répertoire de l’Opéra (Académie Impériale de Musique, Salle Le Peletier), dans la version française d’Émilien Pacini, conçue pour la Monnaie de Bruxelles, l’année précédente. Pour l’occasion, Verdi apporte des modifications à sa partition, désormais baptisée Le Trouvère, en transformant le finale et en ajoutant un ballet, à l’acte III, pour respecter les conventions du « grand opéra ».

La distribution est brillante : le ténor Louis Gueymard, créateur d’Henri dans Les Vêpres siciliennes sur la même scène, le 13 juin 1855, en Manrique ; son épouse, la soprano Pauline Gueymard-Lauters, qui fait en cette occasion ses débuts à l’Opéra, en Léonore ; le baryton Marc Bonnehée, premier Guy de Montfort dans Les Vêpres siciliennes, en Luna ; la mezzo-soprano Adelaide Borghi-Mamo, qui faisait déjà partie de la distribution du Théâtre-Italien, en Azucena ; et la basse Nicolas-Prosper Dérivis, créateur de Zaccaria dans Nabucco à Milan, quinze ans plus tôt, en Fernand.

La 100e est fêtée le 8 février 1863, et l’ouvrage franchit même la barre des deux cents représentations avant l’incendie de la Salle Le Peletier, dans la nuit du 28 au 29 octobre 1873. Malgré sa relative popularité à l’époque, inférieure toutefois à celle de Rigoletto, Le Trouvère doit attendre le 31 mai 1904 pour faire son entrée au Palais Garnier (inauguré vingt-neuf ans plus tôt !). Dans une mise en scène d’Alexandre Lapissida et sous la direction musicale de Paul Taffanel, la luxueuse distribution réunit quelques-uns des meilleurs chanteurs de la troupe de l’Opéra, en ce début de XXe siècle : Louise Grandjean (Léonore), Marianne Flahaut (Azucena), Albert Alvarez (Manrique), Jean Noté (Luna) et Marius Chambon (Fernand). Au fil des représentations (dix-sept au total), Rose Féart et Marcelle Demougeot alternent avec Louise Grandjean, Charles Rousselière endossant les habits de Manrique et Dinh Gilly ceux de Luna.

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