Rencontres

Frédéric Chaslin

© BERNARD MARTINEZ

Alors qu’il dirigeait La Bohème d’ouverture de saison de l’Opéra Royal de Wallonie, le chef français a répondu aux questions d’Opéra Magazine sur la Carmen annoncée au Grimaldi Forum, du 20 au 24 novembre, dans le cadre de la programmation de l’Opéra de Monte-Carlo.

Votre premier ouvrage lyrique depuis le confinement est La Bohème, actuellement à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège (1)…

Quelle joie de pouvoir jouer, et de retrouver le public, même en jauge réduite ! Dès l’été, Stefano Mazzonis di Pralafera, directeur général et artistique de la maison, m’avait dit tout faire pour que cette série de représentations ait lieu, et il faut saluer le travail remarquable qu’il a effectué, en étroite collaboration avec le bourgmestre de Liège et la ministre de la Culture. Le protocole sanitaire mis en place est strict, mais pas si contraignant à l’usage. D’autant qu’en Belgique, le port du masque est très bien accepté, sans protestation comme en France. Et je dois dire que ce n’est pas si terrible. Souvenons-nous d’Isaac Stern jouant à Jérusalem, en pleine guerre du Golfe, devant un public portant des masques à gaz… Là-bas, ce n’était pas un virus qu’on craignait, c’était un Scud ! Ici, la seule contrainte importante est, pour respecter la distanciation en fosse, d’avoir dû opter pour un effectif de vingt-neuf musiciens, avec parfois un par pupitre. On sait qu’une telle version, qui permet de jouer dans de petits théâtres, a été approuvée par Puccini, mais on n’en a, hélas, pas gardé trace. Celle éditée chez Ricordi a été faite par un obscur arrangeur, et j’ai beaucoup travaillé pour la corriger et la compléter : j’espère avoir réussi à restituer l’essentiel de la richesse de la partition. Heureusement, il ne s’agissait pas de Tosca, ni de Turandot, où l’orchestre est beaucoup plus imposant ! La Bohème se prête assez bien à une lecture chambriste. Et s’il faut trouver de bons côtés aux contraintes, on peut davantage lâcher la bride à l’orchestre, sans avoir peur de couvrir les voix, comme d’habitude chez Puccini. Les musiciens eux-mêmes, après un temps d’adaptation, se déclarent ravis de jouer dans cette configuration, où ils se sentent plus responsabilisés, comme en musique de chambre.

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