Événement

Bergame redonne sa chance à Marino Faliero

Les Derniers Moments du doge Marino Faliero par Francesco Hayez. © DR

Pour fêter la réouverture du Teatro Donizetti, après trois années de travaux, le « Donizetti Opera Festival », sous la houlette de son directeur artistique, Francesco Micheli, propose, du 19 novembre au 6 décembre, une programmation aussi ambitieuse qu’excitante. Le Belisario d’ouverture, en version de concert, verra les débuts de Placido Domingo dans le rôle-titre, sous la baguette de Riccardo Frizza, directeur musical de la manifestation. Suivra une rareté absolue des premières années de carrière du compositeur : Le nozze in villa. Entre les deux, on attend tout de la nouvelle production de Marino Faliero, ouvrage inégal mais passionnant, qui, en 1835, marqua les débuts parisiens de Donizetti. Avec de nouveau Riccardo Frizza au pupitre, dans une mise en scène du duo Ricci/Forte, la distribution s’annonce prometteuse, emmenée par Alex Esposito dans le rôle de l’infortuné doge de Venise et l’éblouissant Javier Camarena en Fernando, neveu du précédent, emploi taillé aux mesures du légendaire ténor Gio. Battista Rubini.

En 1835, année de la création de Marino Faliero, au Théâtre-Italien, Paris représente la capitale européenne de l’art, et de l’art lyrique, en particulier. Là se produisent les grandes révolutions esthétiques, grâce à un public exigeant, capricieux parfois, qui sait lancer les modes, assurer les renommées et retenir dans ses murs les meilleurs interprètes. Ailleurs, que ce soit en Angleterre, en Italie ou en Autriche, il existe certes des musiciens de valeur, mais la reconnaissance parisienne marque, pour beaucoup, la consécration d’une carrière et, pourquoi pas, un premier pas vers l’immortalité.

Cinq ans après la révolution de Juillet, qui a porté au pouvoir Louis-Philippe, les nouvelles élites, au sein desquelles cohabitent tant bien que mal l’ancienne noblesse et la bourgeoisie conquérante, sont friandes de distractions. La censure est ici moins sévère que dans la plupart des pays voisins, ce qui permet une liberté d’expression que l’on ne rencontre guère auprès des « vieilles » monarchies. Ainsi s’explique, toujours dans le domaine privilégié qu’est l’art lyrique, la succession de créations prestigieuses qui vont forger un goût nouveau. Sur la scène de l’Opéra, alors Académie Royale de Musique, Robert le Diable (1831), La Juive (1835) et Les Huguenots (1836) illustrent, à grand renfort d’innovations techniques et d’exploits vocaux, l’esthétique du « grand opéra ».

Au même moment, c’est à la Salle Favart, où le Théâtre-Italien est installé depuis 1825, que Vincenzo Bellini fait représenter I puritani, son ultime chef-d’œuvre, le 25 janvier 1835. Il dispose d’un quatuor devenu ensuite légendaire, qui réunit les meilleurs chanteurs de l’époque pour ce répertoire : la soprano Giulia Grisi, le ténor Gio. Battista Rubini, le baryton Antonio Tamburini et la basse Luigi Lablache. L’opéra est un triomphe, d’autant plus marquant que, quelques mois plus tard, le 23 septembre, le compositeur, âgé de 34 ans, meurt prématurément, dans des circonstances jugées par certains mystérieuses.

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