In Memoriam

Christiane Eda-Pierre 1932-2020

Stella dans Les Contes d’Hoffmann, à Salzbourg (1980). © SALZBURGER FESTSPIELE

Disparue le 6 septembre dernier, à l’âge de 88 ans, la soprano française laisse le souvenir d’une artiste vibrante, engagée, et techniquement affûtée, dont le disque a heureusement préservé quelques incarnations majeures, dans Mozart comme dans l’opéra du XXe siècle.

Je me souviens, comme si c’était hier, de la première fois où j’ai vu Christiane Eda-Pierre. C’était en avril 1978, en Comtesse Almaviva dans Le nozze di Figaro, au Grand-Théâtre de Bordeaux. Adolescent passionné d’opéra, je la connaissais peu. Même si elle était en carrière depuis vingt ans, elle n’avait pas enregistré beaucoup de disques et n’était pas une invitée régulière des émissions de télévision – seuls moyens pour un artiste, rappelons-le, d’accéder à un large public, à une époque où YouTube n’existait pas !

Deux ans plus tard, en mai 1980, le regretté Gérard Boireau la réinvitait pour Konstanze dans Die Entführung aus dem Serail. Dans l’intervalle, elle avait incarné une bouleversante Alcina au Festival d’Aix-en-Provence, dans l’une des plus fascinantes mises en scène de Jorge Lavelli, et Philips avait publié son premier récital : un éblouissant bouquet d’airs de Grétry et Philidor, avec Neville Marriner au pupitre, placé ensuite par Decca au cœur de son double CD intitulé L’Art de Christiane Eda-Pierre. Quand Philips, à la rentrée 1980, sortit son intégrale de Die Entführung aus dem Serail, dirigée par Colin Davis, je fus définitivement convaincu qu’elle était l’une des plus formidables cantatrices françaises de la deuxième moitié du XXe siècle.

À la scène comme au disque, Christiane Eda-Pierre était d’abord une présence, à la fois féminine et impérieuse, qui captait l’attention dès son apparition. C’était ensuite un timbre, charnu, sensuel, capable de mille allégements et variations de couleur, qui lui permettait, au même stade d’évolution vocale, d’être aussi crédible en héroïne d’opéra-comique français qu’en tragédienne mozartienne ou haendélienne. C’était enfin une technique, longuement peaufinée au fil de brillantes études à Paris, entre 1950 et 1958, puis d’une première décennie de carrière centrée sur les emplois les plus virtuoses (Lakmé, la Reine de la Nuit, Lucia…), avant le tournant des années 1970, marqué par des incursions dans un répertoire moins vocalisant et plus tragique.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 165