Enquête

Une rentrée lyrique pleine d’incertitudes

Contrôle des billets à l’entrée de l’Odéon d’Hérode Atticus, à Athènes. © GNO/A. SIMOPOULOS

En prolongement de son enquête « Les acteurs de l’opéra dans la crise », parue dans le numéro 162 d’Opéra Magazine, Mehdi Mahdavi, entre le 8 juillet et le 8 août, a interrogé huit directeurs de théâtre, des deux côtés de l’Atlantique. Selon les pays et les modes de fonctionnement propres à chaque maison, la manière dont ils envisagent la rentrée 2020 n’est évidemment pas la même. Mais une chose est sûre : l’incertitude est partout, les obligeant à se surpasser en termes de résilience, d’inventivité et de capacités d’adaptation.

Prudemment d’abord, puis en accélérant la cadence – trop, peut-être, au vu d’une recrudescence de cas dans certains pays qui, sans vouloir jouer le jeu des alarmistes, n’en est pas moins alarmante –, l’Europe s’est déconfinée en ordre dispersé, dès la fin avril, alors que la pandémie s’abattait de plein fouet sur le continent américain. Le retour à la normale n’est pas pour autant d’actualité, et semble même utopique à court, voire moyen terme, malgré de soudains élans d’optimisme, qui sont moins une marque d’inconscience que des tentatives, un rien désespérées sans doute, de conjurer le mauvais sort.

Contraintes à une fermeture quasi immédiate, et à l’arrêt complet de leurs activités autres que numériques et audiovisuelles, les maisons d’opéra, ces mastodontes de tailles diverses, accumulent les handicaps dans cette phase intermédiaire, où la nécessité même de reprendre se heurte à des protocoles sanitaires drastiques, dont les lacunes soulignent, s’il en était encore besoin, la méconnaissance crasse, de la part des différents gouvernements, assurément plus préoccupés par les conditions de redémarrage des compétitions sportives, des spécificités du secteur.

Le Hessisches Staatstheater de Wiesbaden n’a donc pas manqué de courage en décidant de rouvrir ses portes, dès le 18 mai, avec une série de concerts et récitals présentés devant une salle aux fauteuils espacés, pour respecter la distanciation sociale – une photo du parterre a été partagée sur les réseaux sociaux par de nombreux artistes, Anna Netrebko en tête, mise en regard avec un cliché pris par le baryton Michael Volle dans un avion bondé, pour dénoncer un « deux poids, deux mesures » incompréhensible, et qui n’a d’ailleurs pas fini de choquer.

De moins en moins isolées, chaque institution redoublant de créativité pour proposer une programmation alternative, malgré des moyens de production forcément entravés, ces initiatives ont ravivé l’espoir, qui a atteint son apogée lors de l’annonce du maintien de l’édition, certes réduite, du centenaire du Festival de Salzbourg, avec deux opéras à l’affiche. Les grandes voix se font à nouveau entendre et Stéphane Lissner, démissionnaire de l’Opéra National de Paris, a frappé très fort pour son arrivée à Naples (voir nos pages « Comptes rendus » dans ce numéro). Les orchestres, au premier rang desquels les Wiener Philharmoniker, se redéploient, certes moins dans les fosses que sur les plateaux, et quelques metteurs en scène triés sur le volet reprennent le travail.

Tout irait-il donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Pas exactement. Car ces rayons épars ne suffisent pas, malgré leur indéniable intensité, à dissiper les nuages qui s’amoncellent sur une rentrée lyrique incertaine entre toutes. En France, comme ailleurs en Europe. Même si certaines personnalités s’échinent à garder le cap, contre vents et marées.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 164