Rencontres

Benoît Bénichou

© JULIEN BENHAMOU/GROUND CONTROL CHAMPS-ÉLYSÉES

À partir du 30 septembre, l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet accueille le lancement de la tournée de la nouvelle production de l’Arcal : Croesus de Reinhard Keiser, fleuron de l’opéra baroque allemand, créé à Hambourg, en 1711, puis remanié en 1730. La parole au metteur en scène…

L’opéra hambourgeois, dont l’histoire, relativement brève, débute en 1678 et s’achève soixante ans plus tard, reste encore méconnu, malgré quelques tentatives sporadiques de résurrection. En quoi Croesus, que Paris avait déjà accueilli, en version de concert, au TCE, en 1990, est-il un modèle du genre ?

Je me suis surtout attaché à l’aspect scénique, en me demandant ce que cette œuvre pouvait nous raconter aujourd’hui. Eh bien, elle nous parle du présent. Il y est, en effet, question de pouvoir – même si le rôle-titre, roi de Lydie, n’occupe qu’une faible place, comparé aux amours de son fils Atis et d’Elmira –, et de ce qui motive sa quête : non pas le bonheur d’un peuple, mais l’argent. On ne se bat ici que pour l’argent, et parce qu’on est jaloux de l’argent des autres, en même temps que sont organisées des fêtes somptueuses. Cyrus, roi de Perse, le dit dès le début : l’ennemi se complaît dans la luxure et le plaisir. Cette superficialité, la course à l’argent, au pouvoir, les trahisons, c’est ce qui m’a intéressé.

Les personnages ont-ils une certaine profondeur, ou faut-il leur en inventer une ?

À la base, ce sont plutôt des archétypes. Elmira, par exemple, est l’amoureuse qui se languit, et donc ne se soucie que de savoir si elle est aimée en retour. Croesus (Crésus en français), lui, est un peu idiot – c’est Donald Trump ! Nous avons donc cherché à les complexifier, pour leur donner plus de poids, y compris à Elmira : a-t-elle vraiment des sentiments pour Atis, ou est-elle, elle aussi, attirée par le trône ? Nous avons également travaillé sur l’évolution sexuelle d’Eliate (ténor), dont l’amitié forte avec Orsanes (baryton) peut évoquer celle de Don Carlos et Posa.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 164