In Memoriam

Mady Mesplé (1931-2020)

Juliette dans Roméo et Juliette. © CLAUDE POIRIER

Le 30 mai, dix-sept jours après Gabriel Bacquier, dont elle fut souvent la partenaire, la soprano française nous a quittés, à l’âge de 89 ans. Renommée pour la perfection de ses vocalises et ses prouesses dans le suraigu, Mady Mesplé était bien davantage que cela : une fine musicienne et une artiste aux multiples talents, comme en témoigne son imposante discographie, où l’opéra côtoie l’opérette et la musique du XXe siècle la plus exigeante.

Bien peu nombreux sont les interprètes étiquetés comme « classiques » capables d’accéder à une notoriété qui dépasse très largement le cercle limité des amateurs d’opéra. Mady Mesplé était de ceux-là, l’une des rares en France à être reconnue dans la rue, après ses passages sur le petit écran. Car sa popularité, elle la dut à la télévision ; elle s’y produisit souvent dans des émissions pilotées, entre autres, par Jacques Martin ou Pascal Sevran. Elle y chantait opérettes et valses viennoises, dans lesquelles sa gentillesse et sa simplicité lui attiraient les faveurs d’un public qu’elle aimait et qui le lui rendait bien.

Cette reconnaissance du « grand public », toutefois, était à double tranchant. Défendre l’opérette, alors que le genre avait déjà amorcé un déclin qu’on pensait, à l’époque, irréversible, et assumer ce choix, ce n’était pas sans risque. Lors de notre rencontre pour un entretien accordé à Opéra Magazine, en 2011 (1), elle avouait avec franchise : « Être populaire est un fardeau lourd à porter… Du jour au lendemain, les amateurs de classique purs et durs m’ont rejetée. »

0n a pu aimer Mady Mesplé pour ces raisons, qui ne donnaient qu’une vue superficielle de son talent et qui ne furent qu’une étape dans sa carrière, d’une richesse exceptionnelle. C’est malheureusement là le lot de toutes les sopranos légères, couramment appelées « coloratures », en raison de leur aisance à vocaliser – une spécialité française, selon quelques musicographes. Ce fut le cas, dans les années 1930, de Lily Pons, et, après la Seconde Guerre mondiale, de Mado Robin, cataloguée comme « la voix la plus haute du monde ». Qu’attendait-on d’elles ? La performance dans les aigus, ceux de Lucia di Lammermoor, de la Reine de la Nuit dans Die Zauberflöte, de l’Olympia des Contes d’Hoffmann et de Lakmé.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 163