Rencontres

Samuel Jean

© MANUEL BRAUN

Après avoir présidé aux destinées de l’Orchestre Régional Avignon-Provence pendant huit ans, le chef français s’apprête à voguer vers d’autres cieux, Debora Waldman devenant directrice musicale de la formation. Les 5 et 7 juin, il devait diriger Carmen à l’Opéra Grand Avignon.

Vous n’avez jamais dirigé Carmen ; pourquoi ?

Tout simplement parce qu’on ne me l’a pas proposé ! Je m’étais contenté, jusqu’à présent, de quelques extraits en concert et au disque. Cela fait partie des bizarreries d’une carrière. Il m’a fallu attendre l’âge de 47 ans pour que l’occasion se présente et j’en suis très heureux.

Que pense-t-on quand on est choisi pour un ouvrage si populaire ? A-t-on envie d’apporter du nouveau ?

Je ne prétends pas apporter quelque chose de neuf, ce serait prétentieux de ma part. Je veux d’abord respecter les intentions de la partition. Que les choses soient exécutées proprement, en essayant de se maintenir au plus près de ce que le compositeur a voulu dire, c’est bien ; si l’on peut ajouter un peu de grâce, c’est encore mieux. Cela dit, ce ne sont pas les pages les plus connues qui m’intéressent en priorité. J’ai, de Carmen, ce que je pourrais définir comme une vue plongeante.

Avez-vous en tête des références ?

Comme tout le monde, j’ai quelques connaissances discographiques, mais qui ne m’ont pas vraiment influencé. Mon idée principale est d’éviter la profusion instrumentale. La fosse de -l’Opéra-Comique, où l’ouvrage a été créé, n’est pas si grande que cela. J’avais vu, il y a dix ans, à Lille, une production mise en scène par Jean-François Sivadier que j’avais trouvée remarquable, avec des voix parfaitement adéquates, dont celle de Stéphanie d’Oustrac en Carmen. Il faut garder l’opulence orchestrale pour certains moments, mais dans l’ensemble, je souhaite adopter une optique chambriste. Lorsque je dirige La Bohème, par exemple, mon objectif est le même : ne pas tomber dans le pathos, ni l’excès. Car cela revient à passer à côté de l’essentiel.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 161