Rencontres

Thierry Escaich

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Après Claude, en 2013, c’est à nouveau l’Opéra de Lyon qui accueille, à partir du 2 mai, le nouvel opus lyrique du compositeur et organiste français, sur un livret d’Atiq Rahimi : Shirine, une histoire d’amours contrariées, inspirée d’un poème persan du XIIe siècle.

En 2013, l’Opéra de Lyon affichait la création de votre premier opéra, Claude. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience ?

Celui d’une aventure inédite : pour la première fois, je partageais mon travail avec d’autres. Lorsque je joue un Concerto pour orgue ou que je confie l’une de mes partitions à des interprètes, je ne suis pas seul mais je demeure, quand même, l’acteur principal. Il en va tout autrement dans un opéra : au fur et à mesure de l’élaboration de Claude, j’ai vu Olivier Py, par sa mise en scène particulièrement liée au texte musical, mais aussi les chanteurs, par l’incarnation si personnelle de leur rôle, s’emparer du travail qu’avec Robert Badinter, mon librettiste, nous avions réalisé et, d’une certaine manière, rajouter une dimension à la pièce. J’ai eu l’impression de participer à un grand atelier de création. Cela a été pour moi une découverte, et j’avais très envie de recommencer. J’étais d’autant plus surpris qu’a priori, je pensais que l’opéra n’était pas mon monde ; j’y allais peu en tant que spectateur, mais j’avais quand même été chef de chant dans ma jeunesse. Et je suis tombé dedans !

Vous n’avez donc pas hésité, lorsque Serge Dorny vous a passé commande d’un deuxième ouvrage…

J’ai aussitôt dit oui ! L’Opéra de Lyon est une maison dans laquelle on se sent bien, même si le noir des coulisses est toujours un peu stressant ! Et avec Serge, j’ai partagé de nombreuses discussions musicales et littéraires. C’est d’autant plus facile de travailler avec lui que nos sensibilités sont proches ; lorsqu’il commande un opéra, il s’investit pleinement sur le plan artistique. Dans le cas de Shirine, notre collaboration a été très profonde ; d’un commun accord, nous avons supprimé des personnages, étoffé certains autres, fait évoluer l’intrigue.

Le livret, inspiré par un poème persan du XIIe siècle, est signé de l’écrivain franco-afghan Atiq Rahimi. Vous connaissiez-vous avant cette collaboration ?

Nous nous étions croisés brièvement, mais je l’avais lu et déjà apprécié. Je savais que son roman Terre et cendres avait fait l’objet d‘une adaptation lyrique par Jérôme Combier, créée à Lyon, en 2012. Serge souhaitait que nous travaillions ensemble ; il a donc organisé notre rencontre. J’ai donné mon accord pour Shirine. Je me sens depuis l’enfance – et à la suite de longues recherches historiques et artistiques – plus proche de la Chine, et de l’Extrême-Orient en général, que du Moyen-Orient, mais justement, j’ai vu là un moyen de questionner cet univers persan et cette philosophie. Il est bon parfois d’accepter des projets qui semblent loin de vous, si vous voulez vous renouveler… Ce qui est mon but principal, après la centaine de pièces que j’ai écrites jusqu’à aujourd’hui. J’ai accepté et j’ai foncé !

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 160