Reportage

Rouen répète Serse

Essayage de costume pour Jakub Jozef Orlinski. © MARION KERNO

Le 6 mars, Opéra Magazine a suivi les premières répétitions d’un des spectacles les plus alléchants de ce printemps 2020 : Serse de Haendel, dans une production de Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil, sous la baguette de David Bates, avec une distribution emmenée par deux magnifiques sopranos, Emöke Barath et Mari Eriksmoen, et le contre-ténor vedette Jakub Jozef Orlinski. Dommage que l’étincelante Emily D’Angelo ait déclaré forfait en Serse, pour cause de coronavirus. Elle sera remplacée par un contre-ténor, John Holiday.

Déville-lès-Rouen, à une quinzaine de minutes du centre-ville. C’est là, un peu à l’écart, que sont situés les ateliers de l’Opéra de Rouen Normandie, un immense entrepôt de 3 300 m2 mis à disposition par la Région. Et c’est là que l’institution construit et stocke ses décors : ici, le sol sombre et imposant de l’Iphigénie en Tauride signée Robert Carsen, présentée au Théâtre des Champs-Élysées, en juin 2019, en coproduction avec Rouen ; là, les caissons contenant le décor du Tannhäuser mis en en scène par David Bobée, qui sera joué la saison prochaine ; un peu plus loin, la gigantesque toile que l’artiste Françoise Pétrovitch vient d’achever pour L’Abrégé des Merveilles de Marco Polo, œuvre contemporaine d’Arthur Lavandier qui sera créée les 26 et 27 mai. « Et quand il ne construit pas nos propres décors, souligne fièrement Loïc Lachenal, le directeur de l’Opéra, l’atelier répond à des commandes et travaille pour d’autres maisons. Car nous sommes les seuls constructeurs de la région et nous avons acquis un savoir-faire qui incite bien des scènes à se tourner vers nous. Les bénéfices que nous en tirons viennent, bien sûr, alimenter notre budget de fonctionnement ».

C’est là, au milieu des machines à découper et à assembler, et à côté des ouvriers qui s’agitent, qu’est installé le décor de la production de Serse, qui va être donnée du 2 au 9 avril. Il n’a pas été construit sur place, mais à Nuremberg, où le spectacle a été créé, en octobre 2018, sur le plateau du Staatstheater. Et alors que les metteurs en scène, Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil (qui forment l’outil de production C&D > le lab), en ont impérativement besoin pour répéter, il ne peut trouver sa place dans aucune des salles de répétitions. Pas question, en effet, de se contenter d’un simple marquage au sol, comme cela se fait souvent. Pourquoi ? Parce qu’il ne s’agit rien moins que d’une véritable rampe de skateboard, sur laquelle les chanteurs et plusieurs skateurs professionnels vont évoluer. Construite en bois, supportée par une solide structure métallique, elle occupera toute la largeur de la scène et sera encadrée par des bancs, à l’avant et à l’arrière, qui prolongeront l’espace en plusieurs zones. On pourra s’y asseoir pour s’y reposer, ou en faire le tour en courant.

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