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Jean Teitgen

Arkel dans Pelléas et Mélisande, au Théâtre des Champs-Élysées (2017). © VINCENT PONTET

Avec Luther et Crespel dans Les Contes d’Hoffmann, à l’Opéra Bastille, jusqu’au 14 février, puis le Chambellan dans Yvonne, princesse de Bourgogne, au Palais Garnier, à partir du 26 février, la basse française fait enfin son entrée sur la première scène nationale.

Pourquoi avez-vous décidé, à 23 ans, d’abandonner l’économie pour vous consacrer à l’art lyrique ?

Je chantais beaucoup dans des bars, à Rouen, accompagné d’un guitariste. Ce sont ses parents qui m’ont dit que j’avais une sacrée voix, et que je pourrais peut-être faire de l’opéra. Comme je m’apprêtais à me lancer dans la finance moins par vocation que par la force des choses, cette idée a fait son chemin, et j’ai poussé la porte du Conservatoire, pour demander où je pouvais prendre des cours de chant. On m’a envoyé au deuxième étage, et c’est ainsi que je suis entré dans cet univers. J’ai appris un petit morceau pour passer le concours d’entrée, et j’ai été accepté dans la classe de la fille de Nicolai Gedda. J’y suis resté deux ans. Puis, sur les conseils de ma petite amie de l’époque, je suis allé à Paris, où j’ai pris des cours avec Anne-Marie Rodde pendant un an, avant d’entrer au CNSMD. Ma tessiture était évidente, mais je n’avais pas toutes les notes. Comme ma voix était imposante, je ne savais pas trop comment la gérer, et j’ai mis longtemps à trouver un professeur qui m’enseigne vraiment la technique, et me permette d’exploiter mon potentiel. Quand Tomas Tomasson a ouvert la bouche, sur la production de Wozzeck à Nancy, en 2006, où j’avais un petit rôle, je n’en ai pas cru mes oreilles ! Face à mes questions, il m’a adressé à son épouse ; elle s’occupait de sa technique et a accepté de me donner un cours. Elle m’écoute, sourit, et me dit : « Tu ne sais pas respirer. Je vais te montrer. » J’étais obligé de m’asseoir toutes les deux minutes à cause de l’excès d’oxygène, et j’ai eu des courbatures partout le lendemain. C’était le secret : ce que je voyais sur les bons chanteurs, mais que personne ne m’avait expliqué. Avant ma rencontre avec Luba Stuchevskaia, ma technique était comme une maison bringuebalante. C’est là tout l’enjeu de l’enseignement du chant en France ! Qui confierait ses enfants à un professeur de piano incapable de jouer de son instrument ? C’est un sujet sensible pour moi.

Une basse, même en début de carrière, n’a généralement pas de difficultés à se faire engager…

J’ai longtemps tenu des rôles de –comprimari, mais j’ai eu du travail tout le temps, c’est vrai. Même avant d’être capable de chanter correctement !

Comment êtes-vous passé à la vitesse supérieure ?

La voix évolue avec l’âge, et des directeurs de théâtre, un jour, nous proposent un rôle plus important. À Nancy, Valérie Chevalier m’a donné mon premier Arkel dans Pelléas et Mélisande, en 2010, et Claude Cortese, l’année suivante, m’a fait confiance pour Collatinus dans The Rape of Lucretia, à Nantes. Ces expériences m’ont apporté de l’endurance. En commençant à travailler, je n’y arrivais pas, et finalement, le corps trouve des automatismes face à la difficulté. C’est une sorte de spirale vertueuse qui se met en route.

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