Rencontres

Jan Vandenhouwe

© FILIP VAN ROE

En charge de l’opéra au sein de l’Opera Ballet Vlaanderen depuis le début de la saison en cours, le successeur d’Aviel Cahn affiche, à partir du 2 février, à Anvers, puis du 21 février, à Gand, une rareté de Franz Schreker : Der Schmied von Gent (Le Forgeron de Gand).

Comment la musicologie, puis la dramaturgie, vous ont-elles mené à prendre la direction artistique, pour la partie opéra, de l’Opera Ballet Vlaanderen ?

J’ai vu, lorsque j’étais le dramaturge et l’assistant de Gerard Mortier à l’Opéra National de Paris, comment il dirigeait cette institution. C’était vraiment une école. D’autant qu’il prenait le temps, comme avec Viktor Schoner ou Alexander Neef, de nous inclure dans les réunions importantes, pour que nous sachions comment elles se déroulaient. Ensuite, j’ai été dramaturge « free lance » un peu partout en Europe. Et quand Johan Simons m’a demandé de travailler à la Ruhrtriennale, il m’a donné de très grandes responsabilités, non seulement comme dramaturge en chef, mais aussi en me confiant toute la programmation musicale. Pendant toutes ces années, j’ai côtoyé beaucoup de personnes ayant une grande connaissance de l’opéra. Juste après avoir accepté la proposition de Stefanie Carp de continuer dans mes fonctions, j’ai appris que l’Opera Ballet Vlaanderen cherchait un nouveau directeur artistique pour l’opéra, désireux de travailler, en étroite collaboration avec son homologue du ballet, dans une structure où le théâtre lyrique et la danse forment, par la volonté commune du gouvernement et de la direction générale, une seule et même entité. Ayant participé, en tant que dramaturge d’Anne Teresa De Keersmaeker et d’Alain Platel, à de grands projets mêlant ces deux genres, j’ai pensé que ce poste était fait pour moi. En effet, je m’intéresse tout particulièrement à la recherche de liens avec toutes les autres formes d’art – non seulement la danse, mais aussi la mode, à Anvers, et les arts plastiques, dont Gand est un centre important.

Comment faire du neuf dans une maison que votre prédécesseur, Aviel Cahn, a hissée à la pointe d’une certaine avant-garde ?

C’est devenu la règle depuis les années 1980, avec Gerard Mortier et Bernard Foccroulle, à la Monnaie de Bruxelles, et ici, avec Marc Clémeur et Aviel Cahn. Le public s’y est habitué, et nous ne pourrions plus faire de l’opéra de façon trop traditionnelle. Choquer ne m’intéresse pas pour autant. Je souhaite continuer – et les spectateurs, comme nos équipes, y sont prêts – sur le chemin de l’expérimentation. Mon tempérament ne me porte pas à prendre d’assaut un bastion conservateur en luttant constamment avec le public : je préfère installer un vrai dialogue, plutôt que de partir en guerre.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 158