Rencontres

Sophie de Lint

© DUTCH NATIONAL OPERA/ALTIN KAFTIRA

Successeur de Pierre Audi à Amsterdam à la tête du DNO (De Nationale Opera), l’ancienne directrice artistique de l’Opernhaus de Zurich impose progressivement sa marque. Prochain événement : une nouvelle production de La Cenerentola, mise en scène par Laurent Pelly, le 3 décembre.

Coordinatrice artistique, assistante à la mise en scène, agent, directrice du casting, la liste des métiers que vous avez exercés à l’opéra est longue. Rêviez-vous depuis toujours de prendre la tête d’un théâtre, a fortiori de cette envergure ?

J’ai eu la chance de découvrir l’opéra à un très jeune âge, en assistant à une représentation d’Un ballo in maschera à Genève, avec Luciano Pavarotti, Piero Cappuccilli et Anna Tomowa-Sintow. J’ai senti qu’il se passait quelque chose de plus grand que moi, et que tout ce que j’avais vécu auparavant. À 10 ans ! Et je voulais revivre cette expérience. Ma mère, qui trouvait fantastique que sa fille aime tant aller à l’opéra, m’en a donné l’opportunité, à chaque fois que j’en avais envie. À 18 ans, à peine entrée dans une école d’ingénieur commercial à Bruxelles, j’ai réalisé que je n’avais rien à y faire. Ce déclic s’est produit deux ans après un accident de la circulation, qui m’a obligée à arrêter le violon : il manquait quelque chose d’essentiel à ma vie. Où est-ce que je me sentais le mieux, où vivais-je mes plus grandes émotions ? À l’opéra ! Mais personne ne voulait m’aider dans cette voie. En voyant une interview de Renée Auphan à la télévision, j’ai éprouvé comme une urgence, une nécessité de la rencontrer. J’ai sauté dans ma voiture et j’ai prétendu que c’était ma tante, pour accéder au plateau ! Nous avons parlé tout l’après-midi, et deux semaines plus tard, j’ai commencé à travailler à ses côtés. Elle venait d’être nommée à la succession d’Hugues Gall au Grand Théâtre de Genève. J’avais tout à apprendre, et c’est ainsi qu’a débuté mon voyage à travers les différents métiers au sein d’une même institution.

Que s’est-il passé quand Renée Auphan a quitté le Grand Théâtre ?

Quand s’est posée la question de rester à Genève, avec Jean-Marie Blanchard, ou de partir à la découverte de nouveaux horizons, j’ai choisi la deuxième option. Renée m’avait conseillé de travailler quelques années comme agent, pour connaître l’autre côté du métier, me familiariser avec les stratégies, et acquérir de la force dans les négociations. J’ai donc fondé une agence à Vienne, où je me suis prise de passion pour les jeunes artistes – chanteurs, chefs et metteurs en scène. C’est après mon départ de Vienne pour Zurich, où j’ai collaboré avec Rita Schütz, que j’ai reçu mes premières propositions pour m’occuper du casting dans un théâtre. Comment résister à l’appel, surtout s’agissant du poste de directrice artistique que m’offrait Andreas Homoki à l’Opernhaus de Zurich ? Puis des chasseurs de têtes, des présidents de conseils d’administration, ont commencé à m’approcher pour savoir si je souhaitais me porter candidate pour être directrice, cette fois. J’en ai discuté très ouvertement avec Andreas, qui m’a encouragée à relever ce nouveau défi. Depuis longtemps, différents mentors me conseillent ; je veux être sûre de prendre la bonne décision. J’ai donc accepté de partir pour Amsterdam.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 155