Rencontres

Pascal Dusapin

© ÉDITIONS SALABERT

À partir du 20 septembre, sous la baguette d’Alain Altinoglu et dans une mise en scène de Thomas Jolly, la Monnaie de Bruxelles accueille Macbeth Underworld, sa dernière commande au compositeur français, après Penthesilea, en 2015.

Après Penthesilea, votre précédent opéra, habité de bruit et de fureur, vous vous êtes tourné vers Macbeth, pour suivre dans leur marche nocturne vers l’abîme le roi d’Écosse et son épouse. Avez-vous trouvé dans l’une des tragédies les plus sombres de Shakespeare une expérience stimulante pour votre inspiration et votre créativité ?

La connaissance des textes de Shakespeare me nourrit depuis longtemps. En particulier, ce drame exerce une véritable puissance hypnotique, dont la monumentalité fascine par sa noirceur. Je m’y suis immergé, afin de poursuivre ma réflexion engagée avec Penthesilea sur l’obscur et le terrifiant.

Comment avez-vous travaillé à partir de l’œuvre de Shakespeare, en vue d’une adaptation pour sa mise en musique ?

Avec Frédéric Boyer, mon librettiste, nous avons façonné et interprété le matériau shakespearien. Nous avons prélevé les éléments essentiels de la tragédie selon les nécessités de mon projet lyrique, tant vocal que dramatique, en respectant l’esprit et la trame de la pièce, son univers sauvage et violent.

Quels sont les aspects de la tragédie de Macbeth qui ont imprégné votre imagination musicale ?

Mené par le couple criminel, l’opéra baigne dans l’univers effroyable d’un théâtre sanglant, où chemine le mal qui prolifère, créant le chaos qui détruit les principes fondamentaux de la vie. La confusion des valeurs, générée par les propos énigmatiques des trois Sorcières du destin, déploie les forces maléfiques aux apparences trompeuses qui brouillent la perception du réel. Encouragé par les prédictions des Sœurs sataniques et par l’ambition dévorante de sa femme, Macbeth, un général valeureux, tue son roi et usurpe son trône. La mécanique fulgurante du désir de pouvoir marque le début d’un cycle vertigineux de meurtres toujours plus horribles. Cette violence, habitée de visions fantastiques suscitées par les trois divinités infernales, entraîne le couple maudit dans une course inexorable vers le crime. L’effroi d’une culpabilité dévorante envahit leur existence et atteint ces zones ténébreuses où règnent la folie et la mort. Le drame, chanté en anglais, se concentre sur le mystère des époux diaboliques, complices frénétiques d’une même ambition qui les mènera à leur perte.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 153