Rencontres

Leonardo Garcia Alarcon

© VINCENT ARBELET

Automne ramiste pour le chef helvético-argentin, qui enchaîne deux nouvelles productions des Indes galantes : à l’Opéra Bastille, mise en scène par Clément Cogitore, le 27 septembre ; et au Grand Théâtre de Genève, avec la complicité de Lydia Steier, le 13 décembre.

Les Indes galantes apparaissent comme un triple défi pour vous et votre ensemble. D’abord, parce qu’il s’agit de votre première incursion chez Rameau. Ensuite, parce que Cappella Mediterranea est la première formation baroque à jouer dans la fosse de l’Opéra Bastille. Enfin, parce qu’à peine achevées les représentations parisiennes, vous débuterez à Genève les répétitions d’une deuxième production de l’ouvrage !

La collaboration avec le metteur en scène Clément Cogitore, à l’Opéra National de Paris, m’offre bien plus que ce que je pouvais en attendre. C’est un homme aussi intelligent que discret, dont la volonté n’est pas simplement d’attirer l’attention du public ou de provoquer. Il est très intéressé par les questions sociales des différentes cultures. Pour lui, cette pièce pose la question de ce qu’est l’étranger aujourd’hui, et où il se situe. À l’époque de Rameau, on pouvait amener des « Sauvages » pour les présenter au roi Louis XV et les faire danser, alors que nous nous trouvons actuellement dans une capitale où se côtoient toutes les origines. Comment représenter cette dimension multiculturelle ? S’agit-il d’une richesse, ou génère-t-elle de la confrontation, qui peut amener au terrorisme, par exemple ? Clément voit aussi, dans Les Indes galantes, une manière de capter une autre forme de pulsion. C’est pourquoi il s’est associé à la chorégraphe Bintou Dembélé, dont la compagnie travaille depuis déjà huit mois sur les mouvements des différentes danses populaires à travers le monde, pour retrouver ce qu’il reste, en Amérique ou en Asie, des gestes d’avant le contact avec l’Europe. Que peut provoquer la musique de Rameau, chez un danseur d’aujourd’hui, n’ayant absolument aucune connaissance du ballet baroque ou classique ? Nous nous sommes rejoints sur ce point dès le début, en nous demandant si nous pouvions ainsi nous rapprocher de quelque chose de plus original. En réalité, Clément Cogitore est un néoclassique, qui propose une réflexion politique et sociale, plutôt qu’esthétique. D’un point de vue personnel et musical, j’ai eu, depuis longtemps, la possibilité d’analyser les différentes sources de l’ouvrage, alors que je n’imaginais même pas avoir l’opportunité de le diriger un jour, surtout dans des productions aussi différentes. À Paris, la particularité vient du fait qu’il est programmé à l’Opéra Bastille. Pendant les représentations d’Eliogabalo au Palais Garnier, en septembre 2016, je suis allé faire des essais acoustiques avec trente musiciens. J’ai fait venir les plus grands détracteurs du projet – rares sont les personnes qui y croyaient dans mon entourage ! Mais tout a fonctionné à merveille. Nous avons fait le même test pour les voix, qui ont besoin d’un dispositif scénique qui leur soit favorable. Les plus grands défis seront posés par les moments d’intimité, hérités de l’air de cour : comment faire de cette salle immense un lieu intime ?

Combien y aura-t-il de musiciens dans la fosse de l’Opéra Bastille ?

Nous serons soixante, avec trente-cinq cordes, et les flûtes et les bassons par quatre, ce qui devrait donner une très belle matière sonore. J’ai beaucoup discuté avec Clément Cogitore de l’importance de la rythmique dans la pièce, afin que la danse puisse avoir l’impulsion nécessaire pour exister. Les percussions seront nombreuses sur scène, et nous sommes en train d’imaginer de quelle manière les inclure dans le décor.

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