In Memoriam

Franco Zeffirelli

Avec Placido Domingo, sur le tournage d’Otello. © DR

Disparu le 15 juin dernier, peu de temps avant la première d’une énième nouvelle production de La traviata, aux Arènes de Vérone, le metteur en scène et cinéaste italien laisse à la postérité une image contrastée. Le luxe écrasant, et tournant le plus souvent à vide, des productions de ses cinquante dernières années de carrière ne saurait, en effet, rejeter dans l’ombre la qualité de ses réalisations des années 1950-1960, quand il dirigeait Maria Callas, Joan Sutherland, Tito Gobbi, Elizabeth Taylor ou Richard Burton.

À côté des fleurs de circonstance, l’annonce de la disparition de Franco Zeffirelli a été accompagnée, surtout en France, d’une brassée de jugements acerbes. Trois qualificatifs sont revenus fréquemment à travers les commentaires : académisme, pompiérisme, conservatisme. Devenu à deux reprises (1994, 1996) sénateur sous la bannière de Forza Italia, plusieurs des positions politiques du metteur en scène, d’esprit nettement réactionnaire, n’ont pu que lui aliéner une part importante de l’opinion. À tel point que ce discrédit a gagné peu à peu l’ensemble de son œuvre théâtrale, reléguée aussitôt au rayon des vieilles barbes et de la bimbeloterie décorative. Essayons, pourtant, d’examiner sans œillères la carrière publique de cet homme de goût, parvenu à un âge canonique, après d’immenses succès et quelques cuisants échecs.

L’un de ses films, Tea with Mussolini (1999), nous permet, autour d’une trame en grande partie autobiographique, de mieux comprendre ce qu’a été sa prime jeunesse. Né à Florence, le 12 février 1923, d’une union que l’on qualifiait alors d’illégitime, Franco Zeffirelli est recueilli par un groupe -d’Anglaises férues d’art et de culture classiques. À leur contact, il se découvre un même amour pour Shakespeare et les peintres de la Renaissance, lui dont la famille se flatte d’être apparentée à celle de Léonard de Vinci. Le théâtre, la musique, et tout particulièrement l’opéra italien, occupent également une place privilégiée dans sa vie d’adolescent.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on le retrouve acteur, décorateur et, très vite, assistant réalisateur. Sa rencontre avec Luchino Visconti, son aîné de dix-sept ans, est, à bien des égards, déterminante. Dans son ombre, il participe aux tournages de La terra trema (1948), Bellissima (1951) et Senso (1954). À l’exemple de son mentor, il s’oriente, à la même époque, vers la mise en scène de théâtre et d’opéra. La production d’Il Turco in Italia, en 1955, avec Maria Callas dans le rôle de Fiorilla, impose définitivement son nom à la Scala de Milan et dans le monde entier. Dès lors, tant en Italie qu’à l’étranger, il devient l’habitué des théâtres les plus prestigieux, avec plusieurs réalisations qui font date (voir encadré).

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