Rencontres

Francesco Filidei

© OLIVIER ROLLER

À partir du 27 septembre, sur un livret et dans une mise en scène de Joël Pommerat, l’Opéra-Comique accueille la première mondiale du nouvel opus lyrique du compositeur italien, L’Inondation, d’après une nouvelle d’Evgueni Zamiatine, parue sous l’ère soviétique.

Après votre premier opéra qui évoquait la figure de Giordano Bruno, moine suspecté d’hérésie et brûlé vif à Rome, en 1600, par l’Inquisition, le sujet de votre deuxième ouvrage pour la scène est tiré de L’Inondation, une puissante nouvelle d’Evgueni Zamiatine, publiée en Union soviétique, en 1929. On assiste à la désintégration d’un couple dans un environnement triste et pauvre de la Russie profonde de ces sombres années. Comment le processus de création de ce nouvel opus s’est-il déroulé ?

L’histoire est centrée sur une femme aimée de son mari qu’elle aime en retour, mais ce couple sans descendance vit muré dans un lourd silence. Tout le drame commence lorsque l’homme, ouvrier dans une usine, reproche à son épouse, être ambigu et douloureux, de ne pas avoir d’enfant. L’arrivée d’une jeune orpheline dans le foyer conjugal mènera au drame… Joël Pommerat m’a proposé d’écrire lui-même une adaptation de ce texte pour un livret, puis d’assurer la mise en scène de l’opéra. Dès février 2017, nous avons entamé une riche et fructueuse collaboration au cours d’ateliers qui nous ont permis de confronter, en cours d’élaboration, nos langages complémentaires et d’accorder dialogues écrits et formes musicales, afin de soutenir le rythme de l’action scénique et la dynamique temporelle. Ces échanges stimulants m’ont ouvert la voie à de nouvelles possibilités pour la conception des formes musicales et de la structure de mon opéra. La présence de chanteurs, tels des modèles vivants, a également orienté mon écriture vocale par le choix des timbres, l’emploi de l’étendue des registres, tant dans la tension que dans l’agilité, afin de proposer des portraits musicaux qui reflètent au plus près la vérité des protagonistes. Au fil de ces séances, j’ai affiné les lignes mélodiques, exploré le rôle de l’orchestre, sa capacité à caractériser les émotions et les situations. J’ai repris ensuite les parties composées en temps réel pour les voix, ainsi que les pages orchestrales initialement improvisées au piano ou au violoncelle, que j’ai retravaillées. J’ai cherché, par un langage harmonique complexe, à accorder au discours musical une juste expressivité, évocatrice de l’univers qui baigne L’Inondation, afin que ma partition épouse le texte et en restitue toute la poésie.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 153