Reportage

Aix met en scène le Requiem de Mozart

© PASCAL VICTOR

Opéra Magazine a suivi les répétitions de ce qui s’annonce comme l’un des événements de l’été : la mise en scène du Requiem de Mozart par Romeo Castellucci, avec Raphaël Pichon à la baguette, à l’affiche du Théâtre de l’Archevêché jusqu’au 19 juillet. Un spectacle hors norme, comme les affectionne le réalisateur italien, qui se veut une célébration de la vie autant qu’une méditation sur la mort.

Au Théâtre de l’Archevêché se prépare un Requiem de Mozart assez particulier, dans une version signée Romeo Castellucci et Raphaël Pichon, directeur de l’ensemble vocal et orchestral Pygmalion. Une version qui réunit orchestre, chœur et solistes, mais aussi, ce qui est plus étonnant, danseurs et figurants. Qui a eu cette idée singulière ? Est-ce Pierre Audi, le directeur général du Festival d’Aix-en-Provence, qui aime mettre en scène des œuvres a priori difficilement représentables, comme les Gurre-Lieder de Schoenberg, dont il a proposé une version scénique à Amsterdam, en 2017 ?

« Pierre Audi aime dialoguer avec les artistes et être à l’écoute de leurs désirs », explique Alain Perroux, conseiller artistique et dramaturge de la manifestation. « Quand il a proposé à Romeo Castellucci de choisir une œuvre de Mozart, celui-ci a immédiatement cité le Requiem. Outre l’intérêt même de la partition, il a trouvé là l’occasion de se plonger dans une autre création de la dernière année du compositeur, après Die Zauberflöte, mise en scène à Bruxelles, à l’automne dernier. Et quand nous avons évoqué ensemble ce projet, Pierre Audi et moi, le nom de Raphaël Pichon s’est très vite imposé pour la partie musicale. Pierre le connaît bien, puisque c’est Raphaël qui était au pupitre des Vêpres de Monteverdi qu’il avait mises en espace, en 2017, dans le cadre du Festival de Hollande. »

Nous sommes le 13 juin. Les répétitions ont commencé il y a trois semaines déjà, et la prochaine débute dans quelques minutes. « On est encore un peu dans le cambouis », constate Raphaël Pichon avec réalisme, sans pourtant cacher son enthousiasme. « Je suis passionné par la manière qu’a Romeo Castellucci de lire le monde. Quand j’ai compris que je ne pourrais pas être le chef d’orchestre de Die Zauberflöte à la Monnaie, pour des questions d’emploi du temps, j’en ai éprouvé une grande tristesse. Il m’était donc impossible de manquer ce Requiem. Il y a, chez Romeo, une quête de l’universel dont témoigne le spectacle que nous préparons, autant une célébration de la vie qu’une méditation sur la mort. Il ne faut pas oublier que les Requiem sont faits pour ceux qui restent, et non pour ceux qui sont déjà partis ! Chez Mozart, la foi en Dieu est en rivalité avec la foi en l’homme, elle repose sur un sentiment de fraternité qui procède de son engagement maçonnique. Notre spectacle veut montrer le pouvoir de cette musique et ce qu’elle raconte, au-delà des mots, de la raison même de notre existence sur terre. Le génie de Mozart nous parle de ce qui est indicible, sa musique est celle de l’invisible. »

Certes, mais alors, pourquoi donner à voir son Requiem ? « Nous ne cherchons pas à représenter de façon concrète un contenu rhétorique ou dogmatique ; le Dies irae ne sera pas une scène de Jugement dernier. On verra toutefois une vieille femme, au moment de sa mort, qu’on suivra à rebours tout au long du spectacle et qui, à la fin, redeviendra un bébé. »

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