En coulisse

Les défis du New National Theatre de Tokyo

© NEW NATIONAL THEATRE TOKYO

Seul théâtre lyrique à produire ses propres spectacles dans la capitale nippone, le NNTT, dont la programmation s’ouvre également à la danse et au théâtre parlé, a un nouveau directeur artistique pour l’opéra : Kazushi Ono. Le chef japonais, bien connu en Europe, où il fut notamment directeur musical de la Monnaie de Bruxelles et chef principal de l’Opéra de Lyon, entend faire découvrir de nouveaux répertoires au public de Tokyo, à commencer par la création contemporaine.

Inauguré en 1997, le New National Theatre Tokyo (NNTT) – Nouveau Théâtre National de Tokyo, en français – affiche son dynamisme, avec une dizaine de productions lyriques chaque année. Son directeur artistique pour l’opéra, Kazushi Ono, qui a pris ses fonctions au début de la saison 2018-2019, entend mener une politique ambitieuse, basée sur le répertoire, les œuvres rares et une première mondiale tous les deux ans. La création d’Asters, en langue japonaise, d’Akira Nishimura, en février dernier, en est la première illustration (voir en page 59 de ce numéro).

Avant que ne s’ouvre le rideau, une voix rappelle qu’il est interdit de prendre des photos durant la représentation et invite les spectateurs à éteindre leurs téléphones portables. Rien que de très banal. Mais elle ajoute que le bâtiment est conçu pour résister aux tremblements de terre et qu’en cas de danger, le personnel guidera les spectateurs vers les issues de secours. Nous sommes au Japon. Même pendant une représentation, lorsqu’on croit que le temps s’arrête, la terre peut trembler à tout instant. Et la tradition prend des allures inattendues : à l’entrée des artistes, un petit temple dédié à Amaterasu s’orne de quelques offrandes, dont deux bouteilles de saké. Un geste de dévotion du compositeur d’Asters, destiné à favoriser la réception de son opéra.

À quelques minutes du quartier tentaculaire de Shinjuku, où des salary-men se pressent dans des tours gigantesques avant de s’engouffrer, le soir venu, dans les innombrables restaurants et bars, le NNTT dresse son architecture sobre, presque austère, éminemment minérale, dessinant de grands pans de murs en pierre, verre et béton. C’est à l’intérieur que l’on cherche la chaleur, venue du bois, et la luminosité, jaillissant d’une vaste façade vitrée. Une galerie accueille le visiteur ; des balcons s’y succèdent, où sont exposés quelques costumes issus de productions, dans un geste architectural évoquant les loges d’un théâtre à l’italienne.

Avant d’entrer dans la salle réservée à l’opéra (Opera House), la plus grande, le spectateur peut, dans un hall semi-circulaire, trouver un programme et acheter diverses friandises, qu’il dégustera peut-être sur la terrasse, en face d’une pièce d’eau, là encore très minérale. Dans la salle, au parterre comme aux trois balcons, le confort s’impose, avec de larges sièges, presque tous en vue directe sur la scène, et une inclinaison pensée pour favoriser la vue sans être gêné par la rangée de devant. 1 814 places sont proposées à la vente, avec un taux de remplissage de l’ordre de 83 %. La fosse peut accueillir 120 musiciens, et la scène est vaste : 330 m², avec trois plateaux de dégagement de taille identique.

Le NNTT se veut le plus proche possible de son public. Ainsi, il propose à une vingtaine de spectateurs tirés au sort de visiter les coulisses après le spectacle. Organisation japonaise oblige, des chaussons sont distribués afin de ne pas abîmer le plateau et les décors. Aux visiteurs sagement attentifs, le régisseur fait visiter les espaces, montre quelques accessoires, répond aux questions avec une patience infinie.

Cette proximité s’illustre également à travers une relation privilégiée avec les scolaires. Conscient que son public est, comme celui de la plupart des théâtres lyriques, assez âgé, le NNTT propose des actions en faveur des jeunes. « Notre Chœur – le New National Theatre Chorus – mène des actions de sensibilisation en milieu scolaire, explique ainsi Naoki Murata, le directeur exécutif. Il apprend et chante l’hymne de l’école avec les élèves, par exemple» (au Japon, chaque école a son propre hymne). D’autres initiatives méritent d’être saluées. Par exemple, la nursery qui permet à une famille de laisser son enfant à garder pendant le spectacle. Ou encore la location de jumelles à un prix modique. Dans la salle, huit places sont également réservées aux personnes à mobilité réduite.

Afin d’ouvrir davantage l’opéra aux spectateurs étrangers, le NNTT généralisera, dès le mois d’octobre, un surtitrage bilingue (anglais-japonais), particulièrement utile lorsqu’il s’agit d’œuvres nouvelles ou peu connues. De même, son site internet est aujourd’hui décliné en langue anglaise.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 149