Rencontres

Jérôme Boutillier

© BÉRENGÈRE LUCET

Récent lauréat du Concours « Les Mozart de l’Opéra » à Paris, le baryton français incarnera Alidor dans Cendrillon d’Isouard, les 3 et 5 mai, à Saint-Étienne, où il vient de remporter un triomphe en Bardi, dans la résurrection scénique de Dante de Godard.

C’est harnaché dans sa tenue de motard que Jérôme Boutillier arrive dans le café où nous avons rendez-vous. Chevalier des temps modernes, il parcourt la France et les lieux où il se produit, non pas sur un fier destrier, mais sur une grosse cylindrée.

La moto est « nécessaire à son équilibre mental, c’est un moyen d’évasion », au même titre que le chant. Le baryton avale donc les kilomètres comme il ingurgite les partitions, à une vitesse éclair. Ainsi, lorsqu’il a remplacé André Heyboer dans La Nonne sanglante de Gounod, à l’Opéra-Comique, en juin 2018, il a appris le rôle de Luddorf en trois jours. Une performance qui semble être le quotidien de ce boulimique de travail.

Sans doute faut-il voir les prémices de cette endurance dans son passé d’instrumentiste. Porté par une mère qui « aimait le beau », Jérôme Boutillier débute le piano à l’âge de 5 ans. Avec des capacités qui en font une sorte de petit génie précoce, de « singe de cirque », comme il le dit. Mais le clavier est source de souffrance et de solitude. « C’était Prométhée et Sisyphe à la fois », explique-t-il.

Malgré les sept années passées à suivre l’enseignement de Jean Martin, il ne parvient pas à s’épanouir pleinement. Lors d’un concours à Barcelone, il se retrouve totalement tétanisé en demi-finale. Cette expérience sonnera le glas de sa carrière de pianiste soliste. Lui aime la musique de chambre, l’accompagnement des voix. Cela le conduit vers le chant, qu’il débute à l’âge de 23 ans dans la classe de Blandine de Saint-Sauveur, au CRR de Boulogne-Billancourt.

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