Rencontres

Sébastien Daucé

© IGOR STUDIO

Le 12 avril, sous étiquette Harmonia Mundi, le chef, organiste et claveciniste français, à la tête de son ensemble Correspondances, rend un nouvel hommage à Marc-Antoine Charpentier son compositeur fétiche : les Histoires sacrées, diffusées dans un boîtier comprenant deux CD et un DVD.

Comment le projet d’un spectacle à partir des Histoires sacrées de Charpentier est-il né ?

En 2012, avec Catherine Cessac, la grande spécialiste française du compositeur, nous avions monté à Royaumont un colloque atypique. Au lieu de programmer, comme cela se fait d’ordinaire, une suite de communications, nous avions mis les participants en immersion complète et il avait été question, évidemment, des Histoires sacrées qui sont comme une espèce d’ovni dans la production musicale du XVIIe siècle.

Que représentent exactement les trente-quatre partitions classées sous ce terme ?

Elles sont en partie liées à Rome, ville dans laquelle a séjourné Charpentier, à la fin des années 1660, et à Giacomo Carissimi, dont on sait le rôle essentiel dans l’histoire du genre oratorio ; mais Charpentier n’a jamais cherché à être un imitateur, il a emmagasiné des idées dont il s’est servi plus tard, soit en en restant proche, soit en les réinventant. On est fasciné de voir à quel point cette influence romaine lui a permis d’imaginer, en quelque sorte, de nouvelles recettes. La diversité des formes qu’elles empruntent les singularise : certaines, comme Caecilia, virgo et martyr, font appel à un double chœur, un double orchestre, des solistes.

Elles montrent, en même temps, le rapport d’une société à la religion…

On a parlé, à leur propos, d’influence de la Contre-Réforme, mais pour moi, elles ont quelque chose de bien plus viscéral, de sensuel. Elles traduisent la nécessité de voir le miracle se produire pour renforcer la piété, elles marquent le besoin de la matière pour nourrir l’esprit.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 148