Rencontres

Michèle Reverdy

© DR

Le 12 mars, dans le cadre du Festival « Présences Féminines », le Théâtre Liberté, en collaboration avec l’Opéra de Toulon, propose Le cosmicomiche, deux opéras de poche en langue italienne, adaptés d’Italo Calvino par la compositrice française.

Vous vous êtes illustrée dans tous les genres, en particulier dans le théâtre musical et l’opéra. Avec Le cosmicomiche, vous abordez une nouvelle fois le genre lyrique, pour nous plonger dans votre univers musical sensible et poétique, pour interroger nos effrois et nos rêves. Selon quel cheminement votre inspiration s’est-elle portée vers ces nouvelles d’Italo Calvino, publiées en 1965 et basées sur une science-fiction particulière, tournée vers le passé de l’histoire de l’univers ?

Depuis la création de Médée à l’Opéra de Lyon, en 2003, et après avoir composé cinq opéras tragiques, je rêvais d’écrire un « opera buffa » en italien. Je connais depuis longtemps l’œuvre d’Italo Calvino et la lecture des Cosmicomiche m’avait beaucoup amusée. J’ai choisi deux nouvelles à l’intérieur de cet ouvrage : Un segno nello spazio (Un signe dans l’espace) et Tutto in un punto (Tout en un point). Il est question ici des origines du monde, racontées par le vieux QFWFQ sous forme de conférences scientifiques, qui divergent très vite vers une totale fantaisie.

De quelle manière avez-vous organisé forme et matériau de ces contes fantastiques, nés de l’imagination libre d’Italo Calvino, lecteur passionné d’ouvrages scientifiques ?

J’ai construit deux petites formes, réunies par un interlude instrumental, ce qui donne un spectacle d’environ une heure, avec trois chanteurs et sept instrumentistes. Cette œuvre utilise aussi bien les ingrédients du théâtre musical, avec des passages parlés, que ceux de l’« opera buffa ». QFWFQ, la figure centrale, est un rôle parlé-chanté, confié à un baryton qui est également acteur. Une soprano colorature et une mezzo complètent la distribution. Les chanteuses commentent avec impertinence les propos du narrateur, à la manière d’un chœur antique, ou interprètent les personnages évoqués dans les récits.

Cette vision allégorique de la condition humaine – et de l’artiste, en particulier – pour échapper au temps et à son usure destructrice par la mémoire n’est-elle pas absurde ?

QFWFQ, présent dans les deux nouvelles, cherche par tous les moyens à marquer d’un signe son passage en un point de l’espace. Son désespoir dérisoire devant l’impossibilité d’inscrire sa marque est une merveilleuse métaphore de la présomptueuse ambition que, tous, nous avons de laisser une trace. Italo Calvino introduit également, avec un humour corrosif, certaines considérations sur le doute que nous, artistes, ressentons si souvent en face de notre œuvre.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 148