Rencontres

Pierre Guiral

© GRAND AVIGNON

Les travaux de rénovation du bâtiment historique de l’Opéra Grand Avignon, fermé depuis 2017, se poursuivront jusqu’en 2020. En attendant la réouverture, le directeur programme ses spectacles lyriques à l’Opéra Confluence. Prochain temps fort : une nouvelle production de La Bohème, le 18 janvier.

Comment êtes-vous arrivé à la tête de l’Opéra Grand Avignon, en 2015 ?

J’ai effectué un assez long parcours, d’abord de musicien : mes études de flûte traversière m’ont mené à la direction d’orchestre, puis à la composition. Il y a bien longtemps, j’ai notamment écrit des opéras qui ont été créés à Angers, dans le cadre du Festival « Musiques du XXe siècle » que dirigeait Roger Tessier : L’Automate d’après Hoffmann, Casta Diva, etc. Puis j’ai travaillé sur les objets sonores, l’électroacoustique, avant de diriger plusieurs Conservatoires (Mulhouse, Belfort, Saint-Herblain), tout en continuant à m’occuper de programmation. À la fin des années 1980, je me suis mis à étudier le chant et à me produire. Je me suis retrouvé à la tête du Conservatoire d’Avignon, à l’époque où est né le Grand Avignon : une Communauté d’Agglomération qui comprend aujourd’hui seize communes, à cheval sur deux départements (Vaucluse et Gard) et sur deux régions (Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie). Le président du Grand Avignon, Jean-Marc Roubaud, m’a alors proposé d’être directeur des Affaires culturelles, puis de prendre les rênes de l’Opéra, ce que j’ai accepté, à condition de n’être chargé que de cette institution. Il fallait, en effet, que l’Opéra trouve une stabilité, afin de mener au mieux les travaux, programmés au départ sur deux saisons.

L’Opéra Grand Avignon, que l’on appelait auparavant Théâtre Municipal, est actuellement fermé pour travaux…

Le bâtiment que nous connaissons, installé sur un ancien forum romain, date de 1847. Il a été reconstruit après l’incendie de 1846, qui avait dévasté le précédent théâtre. Une nouvelle façade a alors été dessinée, afin que l’Opéra perde une partie de son style italien et soit aligné sur celui de l’Hôtel de Ville. Le bâtiment a ensuite régulièrement subi des campagnes de travaux, la dernière en 1978, à l’époque où Raymond Duffaut effectuait son premier mandat. Après avoir quitté l’Opéra pendant quatre ans, il en est redevenu le directeur de 1989 à 2002, puis y a occupé les fonctions de conseiller artistique. D’une manière générale, toutes les restaurations ont entraîné une augmentation du nombre de places ; c’est ainsi qu’en 1978, on a allongé le balcon.

Les travaux actuels sont les premiers qui prennent le parti inverse…

Oui, nous allons passer de 1 100 à 950 places. Il fallait améliorer le confort visuel des spectateurs, permettre l’accès des personnes à mobilité réduite, installer des ascenseurs, revoir les circulations, assurer le rafraîchissement pendant l’été, etc. Il n’y aura plus de chaudière au gaz sous la scène, par exemple, et les cintres à contrepoids seront remplacés par un système informatique qui exigera une formation technique en direction de nos équipes. Une petite salle de 100 places sera, par ailleurs, récupérée sur des espaces de stockage. Le montant total de 17 millions d’euros est pris en charge par les collectivités territoriales, notamment le Grand Avignon, qui nous a permis d’envisager des travaux de vaste envergure. Nous faisons appel au mécénat des particuliers pour les sièges, chaque fauteuil posé revenant à 500 euros (1). Le plafond peint, avec ses médaillons, sera pour sa part nettoyé, recollé par endroits, mais l’essentiel de la toile marouflée est en bon état. N’oublions pas, non plus, la question du lustre : nous ne savons pas encore s’il s’agira d’un lustre contemporain ou d’une copie d’époque. Mais nous conserverons la machinerie à gaz qui permettait de l’alimenter jusqu’au début du XXe siècle : c’est un vestige industriel rarissime !

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 146