Rencontres

Giorgio Battistelli

© ROBERTO MASOTTI

Cinq ans après Il medico dei pazzi, le compositeur italien revient à l’Opéra National de Lorraine pour son nouvel opus lyrique : 7 Minuti, dont il a également écrit le livret. Lever de rideau, le 1er février, sur cette intrigue située dans une usine textile menacée de fermeture.

Avec 7 Minuti, l’Opéra National de Lorraine, commanditaire de l’œuvre, vous accueille pour une nouvelle création. Cet opus, dont vous êtes également le librettiste, est composé à partir de la pièce éponyme de Stefano Massini, inspirée d’un mouvement revendicatif mené, voici quelques années, par les ouvrières de l’entreprise de lingerie Lejaby, menacée de fermeture. Pour quelle raison avez-vous choisi de mettre sur le devant de la scène onze salariées désespérées, en proie à un conflit économique, social et humain, un thème inhabituel à l’opéra ?

J’ai pensé que la forme opératique, avec un chant soutenu par un orchestre, pouvait servir ce sujet en rendant audible, par la voix de ces femmes réunies, la réalité humaine de leur condition et de leurs rapports. L’opéra vivant n’est pas coupé des réalités complexes qui nous entourent. 7 Minuti témoigne d’un fait majeur qui concerne le marché du travail et les menaces du chômage, qui sont d’une actualité brûlante dans les pays industrialisés. Face à la sécheresse inhumaine des chiffres, les chefs d’entreprise introduisent des multinationales dans le capital, prennent des mesures injustes, exercent des pressions violentes et humiliantes sur les employés, détruisent les postes, accroissent les inégalités, fragilisent les tutelles qui protègent les droits des travailleurs, créent de l’insécurité…

Quelle dramaturgie avez-vous adoptée pour explorer ce contexte social, où les dangers de la précarité se traduisent à travers la confrontation, en huis clos, de onze femmes aux personnalités contrastées ?

Il s’agissait pour moi de théâtraliser le geste musical dans son action dramatique et scénique, pour rendre compte du climat anxiogène de ce conseil d’usine et des rapports humains qui s’y tissent. En trois tableaux et trente et une scènes, les esprits évoluent au rythme du débat des idées et du choc des postures. Des déléguées du personnel attendent le retour de leur porte-parole, convoquée par les nouveaux propriétaires, pour connaître leur avenir. Il faudra ensuite voter sur les conditions imposées pour éviter licenciements et fermeture, notamment réduire de sept minutes le temps de pause et offrir ce « capital » non rémunéré à l’entreprise. D’abord disposées à faire ce sacrifice, les femmes prennent conscience progressivement, après le retour de la représentante, des risques et des dangers de la perte des droits fondamentaux, de la régression des acquis sociaux, et découvrent leur capacité à résister pour exiger respect et dignité. Mais, sans solidarité, l’avenir reste incertain, l’issue du conflit indéterminée.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 146