Rencontres

Jean-Luc Choplin

© JULIEN BENHAMOU

Avec Peau d’âne, adaptation scénique du film de Jacques Demy, sur une musique de Michel Legrand, l’ancien directeur du Châtelet poursuit, à partir du 14 novembre, dans un Théâtre Marigny rénové, sa réhabilitation d’un répertoire longtemps méprisé ou maltraité en France.

Comment êtes-vous arrivé à la direction du Théâtre Marigny ?

Quand j’ai quitté le Théâtre du Châtelet, à la tête duquel j’avais été nommé en 2004 et que j’ai dirigé de 2006 à 2016, j’ai été sollicité pour tenir un rôle de conseiller artistique à La Seine Musicale, la nouvelle structure inaugurée sur l’île Seguin, en avril 2017. Il s’agissait d’assurer l’ouverture du lieu, de mettre en place une équipe. J’ai accepté, parce que ce bâtiment offrait de nombreuses possibilités. Je me suis vite aperçu que l’économie de l’entreprise, si elle permettait l’accueil de manifestations variées et de grands concerts de variétés, ne laissait guère de place à une activité de production.

Une activité que vous souhaitiez continuer…

Elle est pour moi primordiale. J’ai été approché par Marc Ladreit de Lacharrière, fondateur du groupe Fimalac qui a racheté le Théâtre Marigny. J’ai répondu à cet appel dans la continuation de ce que j’ai fait au Châtelet : monter des productions populaires de théâtre musical de qualité. Marigny, riche d’une histoire prestigieuse, est un lieu rêvé : avec son entourage de jardins et de verdure, propice à la légèreté, il incite à construire un théâtre du beau temps.

Sentez-vous le poids de cette histoire ?

Je ne la ressens pas comme un poids, au contraire. Des compositeurs formidables y ont été joués, comme Messager : la version française de Monsieur Beaucaire a été créée ici en 1925, et la première de Coups de roulis a eu lieu en 1928. On y a donné des ouvrages de Hahn, Christiné, Yvain… Et n’oubliez pas que c’est dans la petite salle, à l’époque de la Compagnie Renaud-Barrault, que Pierre Boulez a fondé les concerts du Domaine Musical !

Vous disposez donc de deux salles qui viennent d’être totalement rénovées, puisque le bâtiment était en travaux depuis 2013…

C’est, en effet, un Théâtre Marigny flambant neuf que nous allons montrer au public. La jauge de la grande salle est de 1 000 places, et la fosse d’orchestre, en majeure partie sous la scène, peut abriter un peu plus d’une vingtaine de musiciens ; la petite salle, qui s’appelait « Elvire Popesco », en hommage à la grande comédienne, patronne des lieux de 1965 à 1978, et qui va retrouver son nom de « Studio », en compte 300. Ces deux configurations permettent d’accueillir des formes très variées et de répartir les créations. Dans l’une comme dans l’autre, le rapport entre le plateau et le public est excellent.

Le fait que Marigny soit un théâtre privé entraîne-t-il des contraintes, en termes de résultats ?

Les contraintes habituelles et normales. J’ai un actionnaire, propriétaire du Théâtre, Marc Ladreit de Lacharrière, auquel je montre mes projets. S’il les approuve, il me donne la liberté de les produire. Je suis très admiratif du fait que c’est l’actionnaire qui prend la totalité des risques. Mais je pense qu’avec environ 100 représentations pour les grands titres, les spectacles peuvent être amortis et même plus.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 144