Entretien

Elsa Dreisig

© SIMON FOWLER/ERATO

Automne chargé pour la jeune soprano française, avec la sortie de son premier récital chez Erato, intitulé Miroir(s), le 5 octobre, un concert des « Grandes Voix » au Théâtre des Champs-Élysées, le 13, ainsi que deux nouvelles productions à Berlin, au Staatsoper Unter den Linden, dont elle est membre de la troupe : Médée de Cherubini, à partir du 7 octobre, puis Hippolyte et Aricie de Rameau, à partir du 25 novembre, respectivement dirigées par Daniel Barenboim et Simon Rattle. Elsa Dreisig fait le point sur ce début de carrière météorique.

Ce mois-ci, votre premier récital discographique, intitulé Miroir(s), sort chez Erato. Comment avez-vous rejoint cette firme ?

Au lendemain des Victoires de la Musique classique 2016, alors que je venais d’être couronnée « Révélation Artiste lyrique », Alain Lanceron, le président de Warner Classics & Erato, a souhaité me rencontrer. Les choses ont pris un peu de temps à se mettre en place, mais en avril dernier, j’ai enregistré mon premier disque et suis entrée dans la famille Warner. Qu’il m‘ait choisie m’a touchée, parce que je ne faisais pas vraiment partie du milieu musical français ; je suis en troupe en Allemagne, j’ai été lauréate de plusieurs concours internationaux, mais tout cela n’est pas pour moi une preuve de réussite absolue. Alain a su me cerner mieux que d’autres et ce contact direct, sans intermédiaires, m’a plu ; avec lui, un interprète n’est pas un produit.

Comment avez-vous construit le programme de ce disque ?

Au départ, j’avais pensé à un récital « coup de cœur », avec des airs qu’on aime, qu’on a plaisir à chanter, ou qu’on écoute tout le temps. Ma première intuition était de rassembler des héroïnes orientales, comme Semiramide ou Pamina ; j’avais aussi envie de la scène finale de Salome de Richard Strauss, que j’avais travaillée pour un concours. Salomé est une figure qui m’attire, y compris à travers ce qu’elle représente culturellement, via Gustave Flaubert et Oscar Wilde, évidemment. Alain m’a donné son accord, mais à condition de prendre la version française de 1907 : les références discographiques sont moins nombreuses, et l’orchestration est plus légère. Surtout, elle est fondée sur le texte original de Wilde – parfois un peu alambiqué, puisque le français n’était pas sa langue maternelle –, mais Strauss a procédé à quelques ajustements.

Qui vous a suggéré les autres titres, parmi lesquels figurent des inédits ?

J’aurais bien aimé la Cléopâtre de Massenet, mais après l’avoir lue, je l’ai écartée. En fin de compte, le thème de l’orientalisme a cédé la place à celui du miroir. Le Palazzetto Bru Zane, qui est partie prenante pour cet enregistrement, nous a fait parvenir une liste d’airs peu connus. Et Alexandre Dratwicki, son directeur scientifique, a accepté de rédiger le texte de présentation du programme dans la plaquette d’accompagnement du disque.

Au nombre des révélations, l’intégralité de la scène de Juliette au premier tableau de l’acte IV de l’opéra de Gounod…

Nous sommes partis du manuscrit initial. La grande scène « Dieu ! quel frisson court dans mes veines… Amour, ranime mon courage » est donnée dans son intégralité, avec l’andante « Viens ! ô liqueur mystérieuse », qui avait été enlevé : une page plus méditative, dans laquelle Juliette paraît troublée et se demande si le breuvage n’est pas vraiment du poison. Cette partie, restée quasiment inédite, figure évidemment sur le disque. Et puisque le programme a pour thème le miroir, nous avons inclus un air de Daniel Steibelt, un compositeur surtout connu pour ses œuvres pour piano, mais qui a aussi écrit plusieurs opéras, dont un Roméo et Juliette, en 1793. C’est une très belle scène, d’une grande richesse, avec un récitatif, suivi d’un air en fa majeur.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 143