En coulisse

Budapest

© ATTILA NAGY

Du 30 octobre au 11 novembre, l’Opéra National Hongrois effectue sa première visite à New York, avec une programmation mêlant art lyrique et danse. Pendant ce temps, les travaux de rénovation du splendide Opéra d’État avancent à grands pas, pour une réouverture prévue le 17 mai prochain, les spectacles se jouant en attendant au Théâtre Erkel, le deuxième site de la compagnie. Et comme si cela ne suffisait pas, l’Opéra National est en train d’achever un vaste complexe baptisé Studios d’Art Eiffel, doté d’une salle adaptée aux opéras de chambre ou baroques ! Autant dire que Budapest est en pleine effervescence sur le plan musical, l’offre de l’Opéra National venant compléter celle du Palais des Arts (Müpa), dont la Salle « Bela Bartok » accueille de multiples concerts, entre autres ceux de l’Orchestre National Hongrois.

L’Opéra National Hongrois est, historiquement, l’une des maisons les plus importantes du continent européen : dans la liste de ses directeurs musicaux, il compte Gustav Mahler, Ferenc Fricsay et Otto Klemperer. Ses effectifs pour la saison 2018-2019 parlent d’eux-mêmes : une troupe comprenant, sous contrat annuel, 150 solistes, 150 choristes, 220 instrumentistes, complétés par les 130 membres du Ballet National de Hongrie ; des services administratifs et techniques requérant pas moins de 700 permanents, auxquels s’ajoutent environ 600 employés sous contrat temporaire.

Depuis 1951, la programmation (ballets et opéras) se partage entre le bâtiment ancien de l’Opéra d’État, inauguré en 1884 sous le nom de « Théâtre de -l’Opéra », qui peut accueillir 1 261 spectateurs, et le Théâtre Erkel, ouvert en 1911 en tant que « Opéra Populaire », d’une capacité de plus de 1 800 places. Le premier a fermé à l’été 2017 et, en attendant sa réouverture, tous les spectacles sont donnés dans le second. L’Opéra National Hongrois vit, en effet, une profonde restructuration, avec deux chantiers menés de front : la rénovation totale de l’Opéra d’État et l’aménagement d’un nouveau site, baptisé Studios d’Art Eiffel, en lisière du centre de Budapest. Des travaux colossaux, entièrement pris en charge par l’État, pour un budget global estimé à 245 millions d’euros (153 millions pour l’ancien bâtiment, 92 millions pour le nouveau).

Si neuf années de travaux furent nécessaires pour bâtir l’Opéra d’État – chef-d’œuvre du style -néo-Renaissance du XIXe siècle, mâtiné d’éléments baroques, sur des plans du fameux architecte Miklos Ybl –, le bâtiment, situé sur la très chic avenue Andrassy (les « Champs-Élysées » de Budapest), n’avait pas vraiment changé depuis son inauguration, le 27 septembre 1884, en présence de l’empereur François-Joseph (l’Autriche et la Hongrie étaient unies depuis 1867). Certes, en prévision de son centenaire, en 1984, des ingénieurs d’Allemagne de l’Est étaient venus apporter quelques améliorations techniques, mais les installations dans leur ensemble étaient devenues obsolètes, avec notamment des changements de décors à la fois trop lents et trop bruyants.

Cette fois, la rénovation, qui concerne aussi bien la salle que les coulisses (loges, cintres…), met l’accent sur les équipements techniques, qui seront désormais au niveau que l’on est en droit d’attendre d’une grande maison d’opéra du XXIe siècle. Une réouverture partielle est prévue en mai 2019, le bâtiment devant être entièrement opérationnel à l’automne suivant – même si, s’agissant d’un monument national historique, de légers retards sont à prévoir. On espère surtout que l’acoustique du lieu – de l’avis général excellente et considérée, en 1884, comme l’une des meilleures en Europe, en concurrence avec la Scala de Milan et le Palais Garnier – sera respectée.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 143