Rencontres

Aurélien Bory

© AGLAÉ BORY

Le 12 octobre, l’Opéra-Comique lève le rideau sur sa nouvelle production d’Orphée et Eurydice de Gluck, dans la version Berlioz/Viardot de 1859, avec Marianne Crebassa dans le rôle principal. Opéra Magazine donne la parole au metteur en scène.

De la dimension mythique ou humaine, laquelle avez-vous privilégiée dans votre approche d’Orphée et Eurydice ?

Le mythe est très inspirant. Je m’y suis donc replongé, et l’ai appréhendé comme point de départ, en analysant pourquoi il demeurait aussi important, et en quoi il faisait écho à l’expérience humaine. Puisque mon théâtre est un art de l’espace, j’ai essayé de comprendre quelle était la mécanique, la physique de ce mythe. Et la première chose qui m’est apparue, c’est qu’Orphée se retourne. Ce qui signifie que le destin d’Orphée n’est pas d’aller chercher Eurydice, mais de chanter sa perte. Et dès lors qu’Orphée se retourne, l’espace doit se retourner.

Quel procédé employez-vous pour y parvenir ?

On peut retourner l’espace de différentes façons au théâtre. Mais il m’a semblé qu’il fallait que le dispositif de ce retournement soit optique. Car c’est du regard d’Orphée qu’il s’agit. D’ailleurs, le sens même du mot « théâtre » n’est-il pas : l’endroit d’où l’on voit ? C’est pourquoi je me suis orienté vers la technique du « Pepper’s ghost », un procédé de magie théâtrale élaboré au XIXe siècle, qui permet, à l’aide d’une grande surface réfléchissante, d’additionner un reflet et les objets du réel. En orientant le « Pepper’s ghost » à 45°, tout ce qui est horizontal devient vertical, entraînant une inversion des dimensions de l’espace. Dès lors, que mettre au sol ? J’ai choisi, en référence aux toiles peintes, mais aussi en rapport avec les recherches que j’ai effectuées sur l’œuvre, le tableau Orphée ramenant Eurydice des Enfers, que Corot a réalisé en 1861, soit deux ans après le remaniement de l’opéra par Berlioz. Il apparaît, notamment par la façon dont le décor est implanté, qu’il y représente, à la fois, le mythe et l’opéra. La surface réfléchissante me donne aussi la possibilité d’avoir une séparation entre le monde des vivants et celui des morts. Les Enfers grecs sont – on le voit également dans le livret – le reflet du monde réel, mais dépourvu de toute matérialité.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 143