Entretien

Stéphane Degout

© JEAN-BAPTISTE MILLOT

Rentrée chargée pour le baryton français, avec la sortie d’Harmonie du soir, un album de mélodies de Debussy chez Harmonia Mundi, partagé avec Sophie Karthäuser, et deux prises de rôles : Valentin dans Faust, au Teatro Real de Madrid, le 19 septembre, puis Golaud dans Pelléas et Mélisande, à l’Opéra-Comique, le 23 octobre.

En 1998, vous participiez à la première Académie du Festival d’Aix-en-Provence comme jeune espoir. Cette année, vous y êtes revenu avec le statut de maître, pour animer une résidence sur l’art du récital. Une expérience nouvelle pour vous…

Et très intimidante ! Parce que je me demandais bien, en arrivant à AIx, comment j’allais pouvoir exploiter toutes les connaissances accumulées depuis si longtemps sur le répertoire de la mélodie française. En effet, à part des fondamentaux concernant la prononciation, par exemple, l’interprétation est quelque chose d’extrêmement personnel. J’ai travaillé pendant vingt ans avec Ruben Lifschitz, qui avait des idées très précises sur certains aspects, mais m’a d’abord enseigné l’ouverture d’esprit, en stimulant le développement de mon imaginaire. Rien de strict, donc, ni d’obligatoire. Alors, j’ai décidé que nous étions là pour nous poser des questions ensemble, sans nécessairement y apporter de réponses. Je peux simplement donner une lueur d’espoir à ces jeunes chanteurs, quand j’entends chez eux des difficultés que j’ai rencontrées, et surmontées au fil du temps.

Lorsqu’on vous a dit, à l’orée de votre carrière, que vous aviez une voix pour chanter la mélodie, plutôt que l’opéra, cela vous avait vexé…

Quand j’ai été admis au CNSMD de Lyon, en 1995 – j’avais 20 ans ! –, on m’a un peu regardé avec mépris, en disant que j’avais une petite voix, pas intéressante, mais que je pouvais toujours faire de la mélodie -française. Je l’avais assez mal pris, en effet.

Est-ce Ruben Lifschitz qui, le premier, vous a transmis l’amour de ce répertoire ?

J’ai débarqué au Conservatoire avec très peu de connaissances. Hélène Lucas, que j’ai rencontrée à cette occasion, m’a dit de lui faire confiance pendant un temps, que nous allions lire de la mélodie française, et que je finirais par y trouver mon bonheur. Elle m’a présenté à Ruben, quelques semaines plus tard, et ils ont su s’occuper de moi, en développant une curiosité que j’avais déjà, enfant et adolescent, pour la poésie.

Quand Debussy est-il arrivé dans votre parcours ?

Je ne me souviens plus avec quoi nous avons commencé, sans doute les Histoires naturelles de Ravel, et des pièces faciles, ou du moins qui ne nécessitaient pas de se creuser trop la tête. Tant Hélène que Ruben n’ont pas tardé à comprendre qu’il fallait aller doucement avec moi. Debussy est néanmoins arrivé assez vite, avec les Trois Ballades de François Villon étrangement, alors qu’elles peuvent être un peu compliquées. Elles n’en ont pas moins une espèce de spontanéité, qui les rend assez claires sur le plan de l’interprétation. Avec les Fêtes galantes, nous sommes rapidement arrivés à la conclusion que nous allions attendre quelques années avant d’aller plus loin. Certaines partitions très délicates ont fonctionné d’emblée, tandis que d’autres, plus accessibles, n’ont pas pris. L’Horizon chimérique de Fauré, par exemple : en apparence, pas de difficultés vocales, mais une fois dedans, cette simplicité se révèle ardue. Nous l’avons donc mis de côté. Et puis j’y suis revenu, il n’y a pas si longtemps, et j’y prends maintenant du plaisir. Il en va de même à l’opéra, où certains rôles demandent une voix, un imaginaire plus mûrs.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 142