Rencontres

Serenad B. Uyar

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Déjà bien connue au Festival de Saint-Céré, la soprano turque y relève, cet été, un redoutable défi : alterner, parfois deux soirs de suite, La traviata et Les Contes d’Hoffmann, en incarnant, de surcroît, toutes les héroïnes du chef-d’œuvre inachevé d’Offenbach.

En vous voyant à Toulon dans Lucia di Lammermoor, en mars dernier, j’ai été frappé par votre facilité vocale. Vous aviez l’air, en revanche, moins à l’aise pour jouer au badminton, à votre entrée…

C’était la première fois que j’y jouais ! Je suis quelqu’un de flexible, vous savez, aussi bien scéniquement que musicalement, et si on m’en explique la nécessité, je suis prête à essayer beaucoup de choses. J’ai abordé Lucia au Deutsche Oper de Berlin, en 2008, et je l’ai souvent retrouvée ensuite. Il y a dix ans, je la chantais en colorature pure, mais maintenant, avec une voix devenue plus sombre et corsée, je lui donne un côté dramatique. J’adore le bel canto. Chez Donizetti, j’ai travaillé, pendant mes études, Norina et Adina, sans jamais les incarner en scène, et je rêve de Marie dans La Fille du régiment, qui offre une vaste palette expressive, de la comédie au drame. Côté Bellini, Elvira, Amina et Giulietta me plairaient beaucoup. Et je suis très excitée par le projet d’une Norma en version de concert – je ne peux pas encore vous dire où – qui, je l’espère, sera suivie, un jour, d’apparitions en scène.

Qui associe « bel canto » et « soprano turque » songe aussitôt à Leyla Gencer (1928-2008). La connaissiez-vous ?

Je l’ai rencontrée une seule fois, quand j’ai obtenu le Troisième prix du Concours qu’elle organisait à Istanbul, en 2006. Mais je n’ai jamais travaillé avec elle. Gencer et Callas sont des monstres sacrés que l’on ne peut qu’admirer, notamment dans le bel canto. Mais, dans ce répertoire, je voue également une dévotion sans bornes à Mariella Devia qui, à 70 ans, a conservé toute sa voix et offre une leçon permanente de style, de musicalité, de technique… et de carrière impeccablement gérée ! Dans un autre genre, Mirella Freni m’inspire énormément.

Hors bel canto, que chantez-vous dans le répertoire italien ?

Chez Verdi, pour le moment, je me cantonne aux personnages convenant à un soprano aigu : Gilda, bien sûr, et Violetta Valéry, déjà beaucoup plus lourd, mais requérant de la virtuosité au premier acte. J’ai également abordé Puccini, avec Mimi, à Ankara. Cio-Cio-San est en projet : là encore, un rôle lourd, mais que je trouve intéressant d’aborder dans une perspective belcantiste, en privilégiant la ligne et les couleurs. Cela rend, je crois, l’héroïne plus juvénile, plus fragile… et cela permet à la chanteuse d’atteindre la fin de la représentation, sans avoir fait courir de risques à sa voix !

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