Rencontres

Benjamin Moreau

© FLORA BONFANTI

Le metteur en scène et comédien, figure de proue de la compagnie L’Atelier, basée à Grenoble, réalise deux mises en scène au Festival de Saint-Céré : Le Devin du village, le 1er août, puis Les Contes d’Hoffmann, le 4, celle-ci partagée avec Olivier Desbordes.

Comment ce projet de Devin du village est-il né ?

Je voulais travailler sur Jean-Jacques Rousseau, donc la proposition d’Olivier Desbordes, fondateur du Festival de Saint-Céré et aujourd’hui conseiller auprès de son président, Alain Juillet, a été la bienvenue. J’ai une grande sympathie pour Rousseau. Ce qui m’intéresse, c’est cette expérience d’un individu à la fois philosophe et musicien. Pour moi, Rousseau a introduit la modernité dans la pensée politique, il est le père d’un courant communiste avant l’heure et une référence primordiale pour la gauche.

La production étant appelée à tourner, j’imagine qu’il vous a fallu imaginer, pour cet « intermède en un acte », une scénographie légère, capable de s’adapter à des lieux très différents…

Nous allons jouer d’abord dans le cadre du Festival de Figeac, le 28 juillet, à l’Espace François-Mitterrand de la ville. Puis, en août, nous nous transporterons en plein air, au château de Montal, près de Saint-Céré, et dans la Cour de la préfecture de Cahors. Pour cela, notre dispositif s’inspire des spectacles de tréteaux.

Le Devin du village, qui sera donné dans une transcription musicale d’Emmanuel Clerc pour quatre instrumentistes (violon, violoncelle, flûte, clavecin), a inspiré, au XVIIIe siècle, une parodie, due à Justine Favart et Harny de Guerville, et le « Singspiel » mozartien Bastien und Bastienne. Ce dernier a-t-il influencé votre production ?

Non, nous n’y avons pas du tout pensé. D’autant que Michel Fau avait monté Bastien und Bastienne au Festival de Saint-Céré, voici quelques années. Nous avons choisi de donner une forme théâtrale au Devin du village ; nous remplacerons certains récitatifs par des textes extraits d’œuvres de Rousseau : Émile ou De l’éducation, Les Rêveries du promeneur solitaire et Du contrat social. Nous allons procéder de manière très empirique, pour voir si ça fonctionne. Je ne connaissais pas Le Devin du village avant qu’on me propose de le mettre en scène, et ce que j’avais entendu à son propos n’était pas particulièrement flatteur. Je trouve cette musique un peu redondante, mais plaisante. Elle a été écrite à Passy, ce « morceau de campagne accoudé à Paris », puis créée au château de Fontainebleau, devant Louis XV et sa cour, à l’automne 1752. La présence du roi laisse d’ailleurs songeur quand on se souvient que, quarante-deux ans plus tard, c’est la Convention qui fera entrer Rousseau au Panthéon ! La partition correspond à l’amour du philosophe-musicien pour ce qui s’exprime directement, caractéristique du chant italien, par opposition avec le chant français.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 141