Rencontres

Jean-Philippe Lafont

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Contraint par un accident de mettre fin à sa carrière de chanteur, il y a deux ans, le baryton français demeure extrêmement actif. Coach vocal d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, il a récemment rejoint Bettina Brentano dans l’agence Adagio Artists.

La première question qui vient à l’esprit, en pensant au grave accident dont vous avez été victime à l’Opéra Bastille, en 2016, est : comment allez-vous ?

Physiquement, je ne me sens pas bien du tout. J’ai 61 % de séquelles et j’ai mal partout ; le genou et les vertèbres cervicales me font constamment souffrir et, chaque fois que je veux remuer, c’est comme si j’étais un vieillard. Je ne suis pas près d’oublier ce 14 septembre 2016. Il était très exactement 19 h 35, c’était la générale de Tosca, j’allais chanter pour la première fois le Sacristain, ce qui m’amusait beaucoup. Vocalement, j’étais en pleine forme ; lors de certaines répétitions, j’avais même doublé, en Scarpia, mon ami Bryn Terfel, qui avait dû s’absenter. Et puis crac, je suis tombé et j’ai dévalé dix-huit marches, ce qui m’a contraint à annuler tous les projets que j’avais pour fin 2016 et 2017. Une chose est sûre : pour l’Opéra National de Paris, je suis mort, personne dans la maison ne s’étant donné la peine de prendre de mes nouvelles ! Je regrette d’avoir été contraint de m’arrêter, ma voix ne m’ayant jamais semblé aussi bonne qu’aujourd’hui.

Avez-vous eu du mal à vous reconvertir ?

Pendant deux ou trois mois, j’ai vraiment paniqué, je me suis vu infirme, ruiné. Un jour, mon amie Roselyne Bachelot m’a appelé. Elle avait reçu un coup de fil de Sylvain Fort, qui s’occupait de la communication d’un candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron, ayant besoin d’un coach vocal. C’est une tâche qui m’intéressait et j’avais l’habitude de donner des master classes. Combien de fois ai-je pu constater à quel point les gens parlaient mal, trop vite, sans se préoccuper des silences et sans prêter attention aux mots ! J’ai donc accepté de rencontrer un garçon qui avait l’air sympathique. En rentrant à la maison, j’ai dit à Martine, ma femme, que j’avais vu un futur président de la République ; dès qu’il m’a ouvert la porte, j’ai été persuadé qu’il en avait la stature. Je lui ai donné quelques conseils avant son meeting porte de Versailles, dont il n’a pas tenu compte. Je lui ai démontré que s’il continuait ainsi, il n’aurait plus de voix en huit jours. Vous connaissez la suite…

Comment êtes-vous entré dans l’agence artistique de Bettina Brentano ?

Je connaissais bien Bettina, j’avais envie de l’aider à développer son agence, de mettre mon métier d’artiste et mon sérieux à son service. Nous avons commencé notre collaboration en septembre 2017. Je partage avec elle la responsabilité de choisir les chanteurs appelés à rejoindre notre équipe et, s’ils le souhaitent, je les fais travailler. Je suis, en quelque sorte, le « go-between » entre eux et les directeurs artistiques. L’agence, qui s’appelait auparavant OIA, est devenue Adagio Artists ; nous sommes lancés dans une dynamique de qualité, avides de travailler et de découvrir de nouveaux artistes.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 140.