Comptes rendus Les Huguenots à Berlin
Comptes rendus

Les Huguenots à Berlin

20/12/2016

Deutsche Oper, 23 novembre

PHOTOS : Olesya Golovneva et Juan Diego Florez.

© BETTINA STÖSS

Patrizia Ciofi (Marguerite de Valois)
Olesya Golovneva (Valentine)
Irene Roberts (Urbain)
Juan Diego Florez (Raoul de Nangis)
Ante Jerkunica (Marcel)
Derek Welton (Le Comte de Saint-Bris)
Marc Barrard (Le Comte de Nevers)
James Kryshak (Tavannes)
Jörg Schörner (Cossé)
Alexei Botnarciuc (Thoré, Maurevert)
Stephen Bronk (De Retz)
John Carpenter (Méru)
Robert Watson (Bois-Rosé)

Michele Mariotti (dm)
David Alden (ms)
Giles Cadle (d)
Constance Hoffman (c)
Adam Silverman (l)
Marcel Leemann (ch)

Après Dinorah en concert, en 2014, puis Vasco de Gama (L’Africaine) réalisé par Vera Nemirova, en 2015 – et avant Le Prophète, annoncé pour novembre 2017, dans une mise en scène d’Olivier Py –, le Deutsche Oper de Berlin poursuit son « cycle Meyerbeer » avec Les Huguenots. Distribution de haut vol, direction musicale flamboyante et production extraordinaire de précision et d’intelligence, le résultat dépasse toutes les espérances.

L’affiche, il est vrai, était prometteuse, avec les débuts de Juan Diego Florez en Raoul de Nangis et ceux de Patrizia Ciofi en Marguerite de Valois. Le ténor péruvien ne manque pas son rendez-vous : qualité du français, élégance des phrasés, pureté du legato, intonation sans faille, il se montre ici aussi brillant que dans le répertoire belcantiste qu’il fréquente d’habitude. S’il y a eu des Raoul à la voix plus large et plus puissante – Florez peine parfois à se faire entendre dans les ensembles –, peu ont été aussi séduisants, et pas seulement dans « Plus blanche que la blanche hermine ».

Patrizia Ciofi n’est pas en reste : offrant timbre rond, couleurs et nuances dans « Ô beau pays de la Touraine », la chanteuse italienne retrouve une allure vocale juvénile dans les périlleuses coloratures de la cabalette (et s’amuse même à y citer Lucia et la Reine de la Nuit), ainsi que dans le duo « Ah ! Si j’étais coquette ».

Belles découvertes que la Valentine de la soprano russe Olesya Golovneva, gagnant en autorité au fil de la soirée, tout en conservant une intonation impeccable et une homogénéité de tous les registres, et l’Urbain pétillant et irrésistible de la mezzo américaine Irene Roberts. Remarquable aussi de puissance et de solidité, le Nevers de Marc Barrard – seul Français de la distribution.

On sera plus réservé sur le Saint-Bris de Derek Welton : le baryton-basse australien est doté d’une voix correcte, mais sans éclat particulier, et sa prononciation est incompréhensible. Enfin, coup de chapeau à la basse croate Ante Jerkunica, formidable Marcel – pour beaucoup, la révélation de la soirée.

Le succès de ces Huguenots tient également à la baguette de Michele Mariotti. Il y a longtemps que l’on sait que le directeur musical du Teatro Comunale de Bologne est bien plus qu’un enfant bien né, mais il confirme ici que, même hors de son répertoire italien de prédilection, il peut porter à bout de bras une œuvre longue et garder une tension dramatique constante.

David Alden, qui voit en Meyerbeer l’Andrew Lloyd Webber de son temps, souligne, dans une interview, l’ambiguïté des Huguenots, à la fois ouvrage abordant un sujet grave, et grand spectacle à succès, basé sur quelques recettes éprouvées. Sa mise en scène est à l’envi de cette déclaration, capable non seulement de restituer l’intrigue dans toutes ses composantes – romantisme et violence, amour intime et souffle de l’histoire –, mais aussi d’en mettre plein les yeux au public, en créant une suite de tableaux spectaculaires.

Certains ont fait la moue devant cette tendance au Cinémascope, devant les éléments comiques insufflés çà et là, ou même devant la transposition sous le Second Empire. Mais on ne peut que saluer la cohérence du propos, la précision rigoureuse de la gestion des chœurs et la richesse des détails qui font sens.

Les lumières d’Adam Silverman sont de toute beauté et, même dans les moments les plus noirs, le tout ne se départit jamais d’une esthétique élégante. Toute l’action s’ordonne dans un décor faussement unique, mais dont les dimensions (hauteur, largeur, profondeur) varient de façon à sans cesse remodeler l’espace. S’y ajoutent éléments mobiles (rideaux, paravents…) et accessoires (les fauteuils notamment, du Récamier de Marguerite de Valois aux Chesterfield des conjurés).

Enfin, David Alden a le chic de ne rien gommer de la dimension politique de l’œuvre, sans pour autant la surcharger de quelque insistance inutile.

NICOLAS BLANMONT

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