Rencontres

Lucile Richardot

© IGOR STUDIO

Après avoir participé à une quarantaine d’enregistrements, la contralto française publie, chez Harmonia Mundi, un disque dédié aux « Songs » anglais du XVIIe siècle et intitulé Perpetual Night, avec la complicité de Sébastien Daucé et l’ensemble Correspondances.

Un programme captivant, résultat de plusieurs mois de travail avec Sébastien Daucé et l’ensemble Correspondances… Lucile Richardot nous parle de Perpetual Night, son premier disque en solo.

« Christian Girardin, directeur de production chez Harmonia Mundi, et Sébastien m’avaient demandé de songer à un disque dont je serais la soliste. Peu de choses avaient été faites sur les compositeurs anglais ayant suivi John Dowland et précédé Henry Purcell. Nous avons pris conseil auprès du musicologue britannique Peter Holman, et nous avons commencé à lire des partitions à la Bibliothèque Nationale de France. Nous avons trouvé des pièces intéressantes, mais dans des éditions des XIXe et XXe siècles quasiment inutilisables ; nous les avons déchiffrées dans l’un des étages de la BNF sur un piano désaccordé ! Une fois ce premier choix effectué, il a fallu remonter aux sources. Nos recherches nous avaient amenés à découvrir un grand nombre de pages inconnues ; du coup, nous avons été pris par une espèce de frénésie au moment d’enregistrer, et nous avons dû procéder à une sélection sévère. Mais nous avons eu la chance que Harmonia Mundi nous donne carte blanche pour ce projet, qui nous a occupés pendant plus d’un an et demi. »

Les « Consort Songs » étaient, en général, destinés à une voix solo accompagnée par un quatuor de violes. Les partitions réunies sur cet enregistrement font appel à des effectifs plus fournis, et à une basse continue plus étoffée. Aucun fil conducteur, thème ou personnage, ne les relie, mais plutôt une atmosphère d’ensemble nocturne, onirique, mélancolique.

Entre Lucile Richardot et Sébastien Daucé, l’entente artistique est idéale. « J’ai souvent travaillé avec Sébastien. Nous avons fait, entre autres, le Ballet Royal de la Nuit, mais les productions d’opéra me laissent de moins en moins de temps. »

Pour cette contralto au timbre prenant, le chant est plus qu’une passion : un art de vivre. « J’ai toujours chanté depuis mon enfance. À 11 ans, je suis entrée à la manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Lorraine. Plus tard, j’ai fait partie du Chœur d’adultes de la Maîtrise Notre-Dame de Paris. Je ne pensais pas du tout à une carrière de soliste ; intégrer de grands ensembles vocaux était déjà merveilleux ! On peut trouver son bonheur en gravissant les échelons petit à petit ; chanter la musique qu’on aime, avec les gens qu’on aime, est déjà un privilège. Mon amour de la musique ancienne vient de cette formation reçue dans l’enfance. Plus tard, au CRR de Paris, j’ai suivi, pour le chant baroque, l’enseignement du ténor américain Howard Crook. »

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 139