In Memoriam

Jean-Claude Malgoire

© DANIELLE PIERRE

Tous les amoureux du baroque sont tristes. Jean-Claude Malgoire les a quittés, le 14 avril dernier, à Paris ; il était âgé de 77 ans. Avec la disparition de ce pionnier, une page essentielle de l’histoire de l’interprétation musicale en France se referme.

La musique entre tôt dans la vie de cet Avignonnais, qui voit le jour le 25 novembre 1940. Son instrument, ce sera le hautbois. Au Conservatoire de sa ville natale, d’abord, avant celui de Paris, où il est admis en 1957, et qu’il quitte trois ans plus tard avec deux Premiers prix « premier nommé » de hautbois et de musique de chambre. Comme bon nombre de ses confrères, il connaît des débuts difficiles – assurer son pain quotidien signifie courir le cachet. Entre autres expériences des plus variées : jouer les renforts dans des sociétés de concerts amateurs, être musicien d’orchestre de casino, fréquenter les studios d’enregistrement, y compris avec des artistes de variétés. Mais aussi vivre de belles expériences, avec l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire ou avec l’Orchestre de Chambre de Moscou, très présent alors à Paris.

Au début des années 1960, plusieurs rencontres avec la comtesse de Chambure, directrice du Musée des instruments du Conservatoire, le musicologue et claveciniste Antoine Geoffroy-Dechaume, la Société des Musiques d’autrefois, et Charles Ravier, qui œuvre à la tête de l’Ensemble Polyphonique de la RTF, lui ouvrent des horizons nouveaux. Autre rencontre primordiale, celle de Georges Kadar, directeur artistique de CBS France, à la recherche de talents et de répertoires pour sa compagnie discographique. Mais Malgoire est encore instrumentiste. En 1967, l’Orchestre de Paris est créé. Il y est engagé comme cor anglais. Charles Munch est son premier directeur musical. Il jouera sous la direction de John Barbirolli, Otto Klemperer, Leonard Bernstein, Sergiu Celibidache, Herbert von Karajan… Belle école ! Ce qui ne l’empêche pas d’être sur d’autres fronts. Qu’il s’agisse de musique médiévale (avec quelques amis, il a fondé le Florilegium Musicum de Paris) ou du répertoire le plus contemporain (il joue avec Bruno Maderna, Diego Masson, et sera l’un des fondateurs de l’Ensemble 2e2m), il répond présent.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 140