Anniversaire

Caroline Miolan-Carvalho

Marguerite. © COLLECTION JOSÉ PONS

Le 14 juin, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Gounod (17 juin 1818), le Théâtre des Champs-Élysées et le Palazzetto Bru Zane redonnent sa chance à la version originale de Faust, créée au Théâtre-Lyrique de Paris, le 19 mars 1859. Ce soir-là, le rôle de Marguerite était tenu par une soprano française appelée à devenir l’interprète fétiche du compositeur. Après Faust, Caroline Miolan-Carvalho (1827-1895) porta, en effet, sur les fonts baptismaux Philémon et Baucis, La Colombe, Mireille, Roméo et Juliette et le célébrissime Ave Maria.

Caroline Marie Félix-Miolan voit le jour le 31 décembre 1827, à Marseille, où son père, ancien hautbois à l’Opéra de Paris et professeur au Conservatoire, s’est établi. Son environnement familial est ainsi baigné par la musique et, très jeune encore, elle prend des cours de chant. Après la disparition prématurée de son père, elle revient se fixer à Paris et, malgré une voix jugée au départ assez faible, elle est admise au Conservatoire, dans la classe du grand ténor Gilbert Duprez, qui perçoit d’emblée ses qualités. Elle en sort en 1847, auréolée d’un Premier prix de chant, obtenu grâce à l’air d’Isabelle dans Robert le Diable (« Robert, toi que j’aime »).

Elle poursuit ensuite sa formation avec Duprez, qui la considère comme son élève favorite et l’impose à la direction de l’Opéra de Paris, pour son gala d’adieu, le 14 décembre 1849. À ses côtés, elle interprète Lucie de Lammermoor (rôle-titre) et La Juive (Eudoxie), avec une réussite telle qu’elle est aussitôt engagée à l’Opéra-Comique. Mais, avant cette consécration, elle a le temps de se produire en scène avec d’autres élèves de Duprez, dans les villes de Brest (où elle fait officiellement ses débuts), Le Mans et Saint-Malo.

Par la suite, tout en conservant avec lui des liens d’amitié, la jeune soprano prendra ses distances avec l’enseignement de son mentor, certes remarquable sous certains aspects, mais potentiellement funeste pour les voix légères, car trop centré sur la déclamation. À cette époque, l’instrument paraît, en effet, encore un peu menu, voire court de souffle, handicaps que la fréquentation de la scène corrigera.

Le 29 avril 1850, Caroline Marie fait ses premiers pas à l’Opéra-Comique, en Henriette dans L’Ambassadrice d’Auber. Elle enchaîne avec Virginie dans Le Caïd d’Ambroise Thomas, puis crée, avec un vif succès, le rôle-titre de Giralda, ouvrage expressément écrit à son intention par Adolphe Adam. Ludovic Halévy, neveu du compositeur de La Juive et futur librettiste d’Offenbach, juge ainsi la jeune cantatrice : « La voix de Mlle Félix-Miolan est un soprano élevé ; elle aime à planer au sommet de l’échelle musicale et, comme un aéronaute intrépide, elle se plaît au plus haut du ciel. Les applaudissements l’y suivent. Il y a, dans son air du troisième acte, un charmant dialogue de hautbois avec la voix. C’est le village, c’est le pays natal qui parle au cœur de Giralda, transportée malgré elle au milieu de la cour. » De son côté, l’illustre Cornélie Falcon, également présente en cette soirée du 20 juillet 1850, confie à Édouard-Auguste Spoll, ami et futur biographe de Caroline Marie : « Voyez-vous cette petite fille ? Eh bien, retenez ce que je vous dis, elle est, avec [Marietta] Alboni, la première chanteuse de l’Europe. »

Dans le cadre de ce premier contrat avec l’Opéra-Comique, qui court jusqu’en 1854, la jeune cantatrice aborde de nombreux ouvrages du répertoire, parmi lesquels Le Calife de Bagdad (Boieldieu), Actéon (Auber), Les Mousquetaires de la reine (Halévy) et Le Pré aux clercs (Hérold). Parmi les créations auxquelles elle participe, une retient particulièrement l’attention : Les Noces de Jeannette de Victor Massé, le 4 février 1853. Elle obtient même qu’un morceau brillant y soit ajouté, pour faire valoir ses qualités virtuoses : le célèbre « Chant du rossignol », dans lequel la soprano dialogue avec la flûte.

« Dans cet air de bravoure, Mlle Miolan a fait des prodiges de goût, de style et d’agilité. Elle a détaché la note, elle a frappé le trille mieux que ne ferait la meilleure flûte de l’orchestre », écrit le journaliste Jules Lovy. Berlioz, lui-même, émet quelques éloges : « Couderc (dans le personnage de Jean) et Mlle Miolan ont rendu ces deux rôles avec un talent remarquable. Mlle Miolan met dans le sien beaucoup de grâce et une dignité douce ; elle le chante d’ailleurs avec sa petite voix de fauvette di cartello. Leur succès à l’un et à l’autre a été complet. »

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 140