Rencontres

Christophe Honoré

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À partir du 17 mars, l’écrivain et cinéaste s’attaque, pour sa quatrième production d’opéra, à un monument : la version originale française de Don Carlos, en cinq actes et quasiment sans coupures. On attend le meilleur, après le demi-échec de l’Opéra Bastille, en octobre dernier.

Pour vos précédentes mises en scène d’opéra (Dialogues des Carmélites et Pelléas et Mélisande à Lyon, Cosi fan tutte à Aix-en-Provence), vous disiez avoir eu recours à des solutions cinématographiques, alors que pour ce Don Carlos, vous souhaitez jouer la carte du théâtre. Pouvez-vous nous expliquer la différence ?

Cela concerne surtout la direction artistique, c’est-à-dire le décor et les costumes. Dans mes précédentes productions, j’avais opté pour des lieux réalistes (l’Afrique, par exemple, dans Cosi), ce qui impliquait tout un travail sociologique sur la manière dont les gens pouvaient évoluer, comment ils étaient habillés… Ici, l’idée est complètement différente : il s’agit de diriger, à l’intérieur de la cage de scène, un groupe d’individus utilisant tout ce qu’il trouve pour faire exister des lieux d’ordre métaphorique. Les différents endroits décrits par le livret (le couvent, le jardin…) seront bien présents, mais à partir d’un rideau ou d’une chaise, pas d’une reconstitution. Et il en ira de même pour les costumes : actuels au départ, puis revenant vers des vêtements d’époque, par le port, par l’ajout d’un accessoire… L’idée est de dégager ce qu’il y a d’intemporel dans Don Carlos, ce qui, en somme, reste très actuel.

Qu’est-ce qui a motivé ce choix ? Est-ce le fait de passer d’ouvrages plutôt intimistes à un « grand opéra » historique ?

Non, simplement la lecture du livret de Joseph Méry et Camille du Locle, tiré de la pièce éponyme de Schiller. Schiller, on le sait, est l’une des figures majeures du romantisme allemand, courant très influencé, comme son homologue français (incarné, entre autres, par Hugo), par le théâtre de Shakespeare. C’est-à-dire un théâtre impur, alternant les éléments dramatiques avec des scènes plus légères, même si, dans Don Carlos, la tonalité d’ensemble reste très sombre. L’œuvre est, pour moi, davantage un drame romantique qu’une tragédie ; il me paraît important de le souligner, de jouer avec les contrastes, et donc d’être davantage dans la représentation que dans la reconstitution.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 137